Menu
Priority Banking
Private Banking
Wealth Management
La banque d'un monde qui change
La vague bleue n'a pas suffi pour conquérir le Sénat
7 NOV

La vague bleue n'a pas suffi pour conquérir le Sénat

7-11-2018
Philippe Gijsels – Chief Strategy Officer
Philippe Gijsels
Philippe Gijsels Chief Strategy Officer Profil
Rédigé le 7-11-2018 09:06
Publié le 7-11-2018 09:06
Le scénario des élections présidentielles ne s'est pas reproduit et l'issue à laquelle on avait attribué au préalable la plus grande probabilité pour les élections intermédiaires américaines est devenue réalité.

Sommaire

  • Vague bleue à la Chambre
  • Le Sénat reste en rouge
  • Donald Trump désormais confronté à de l'opposition
  • Impact sur le marché jusqu'ici minime
Les Démocrates sont parvenus à conquérir la Chambre des Représentants, tandis que les Républicains ont encore légèrement étendu leur majorité au Sénat. Nous n’avons donc pas eu droit à la grande surprise que nous avaient réservée à l’époque les élections présidentielles avec l’accession à la présidence de Donald Trump.

Vague bleue à la Chambre

Les Démocrates sont parvenus à initier une vague bleue – la couleur de leur parti – et à mobiliser suffisamment leur base (rappelons que le vote n’est pas obligatoire aux Etats-Unis), conquérant ainsi assez de sièges aux dépens des Républicains que pour s’assurer une majorité confortable à la Chambre. On y verra le résultat non seulement des fonds suffisants qui avaient été récoltés pour financer les campagnes, mais aussi du recrutement de plusieurs candidats puissants après le traumatisme encouru lors des dernières élections.

Il est frappant à cet égard de constater que nombre des nouveaux visages qui représenteront le camp démocrate au parlement seront des femmes, et souvent des vétéranes, toujours populaires aux Etats-Unis lors de scrutins. Un détail non négligeable dans la perspective des prochaines élections présidentielles qui se tiendront en 2020 est le fait que les Démocrates ont obtenu de bons résultats dans plusieurs banlieues, traditionnellement "Trump Territory".

Le Sénat reste en rouge

D’un autre côté, la vague bleue n’a pas suffi à éliminer suffisamment de rouge – la couleur des Républicains – au Sénat que pour acquérir une majorité. Et cela n’a rien d’étonnant non plus. Nous savons que le système électoral américain est plutôt complexe. Au Sénat, un tiers des 100 sièges sont renouvelés par le biais d’élections tous les deux ans. Le hasard veut que cette fois, il s’agissait pour la plupart de sièges détenus par des Démocrates.

Autrement dit, les Démocrates avaient peu de chances de détrôner les Républicains dans la mesure où ils devaient – pour faire une analogie avec le football américain – adopter un jeu défensif pour préserver leurs sièges. Autrement dit, il leur aurait fallu un véritable miracle pour atteindre le seuil magique de 51 sièges (car à 50/50, la voix du vice-président Mike Pence, bien entendu un Républicain, est prépondérante). Et donc, pas de victoire au Sénat pour les Démocrates.

Cependant, toujours dans la perspective des élections de 2020, il n’est pas inutile de préciser que les Etats cruciaux (les "Battle Ground States") que sont l’Ohio et surtout la Floride, sont restés aux mains des Républicains. La victoire va donc aux Démocrates, mais pas au point de nous autoriser à en tirer des conclusions au sujet de la probabilité d’un second mandat pour Donald Trump.

Donald Trump désormais confronté à de l’opposition

Pour la présidence de Donald Trump, cela signifie qu’il va être pour la première fois confronté à une véritable opposition. Une Chambre démocrate est en effet en mesure d’opposer son veto à des propositions de lois (en particulier celles qui ont trait à la politique intérieure), d’exercer un contrôle plus assidu, d’exiger que les finances personnelles du président soient passées au crible et, dans une situation plus extrême, d’initier une procédure de destitution.

Toutefois, dans ce dernier cas, une telle décision pourrait ensuite être annulée vu que les Démocrates n’ont pas la majorité au Sénat. Nous sommes donc en présence d’un "gridlock" à l’américaine, qui compliquera la tâche des élus appelés à gouverner le pays et qui fera probablement du statu quo la nouvelle norme. Donald Trump ne parviendra par exemple plus à faire passer de nouvelles réductions d’impôts, mais les Démocrates ne seront pas en mesure de révoquer celles qu’il a déjà introduites.

Bref, pour prendre un sérieux raccourci : tout reste tel quel et il deviendra particulièrement difficile de changer quoi que ce soit. Une situation qui ne fera que renforcer l’image que les Etats-Unis reflètent déjà, celle d’un pays divisé. Et somme toute, la campagne en vue des élections présidentielles de 2020 commence dès aujourd’hui…

Donald Trump est d’ailleurs lui aussi parvenu à mobiliser une nouvelle fois sa base. On a rarement vu un président comptant autant de grosses pointures à la fois parmi ses partisans et parmi ses opposants. Les candidats républicains qu’il a soutenus en prenant une part active à leur campagne dans son "Trump Territory" ont pour la plupart été élus. Et dans nombre des Etats où le candidat républicain n’était pas un "protégé" de Donald Trump, la bataille a été perdue. Donald Trump a donc beau avoir perdu sa majorité à la Chambre des Représentants, force est d’admettre que les sièges qu’il y détient encore – et ils sont tout de même nombreux –, il les contrôle plus solidement.

Impact sur le marché jusqu’ici minime

A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’impact sur le marché est minime, ce qui n’a rien d’étonnant vu que le scénario qui s’était vu attribuer une probabilité de 65% par les bookmakers s’est réalisé. L’issue qui aurait vraiment changé la donne pour le marché (une victoire des Démocrates tant au Sénat qu’à la Chambre) ne s’assortissait que d’une probabilité de 10%.

Le véritable impact sera indirect, et il dépendra de la réaction de Donald Trump face à ce résultat. Une réaction qui, le connaissant, est par définition imprévisible. Va-t-il adopter une attitude plus modérée à l’égard de la Chine à présent que les élections intermédiaires ne sont plus en jeu ? Ou se tournera-t-il déjà en pensées vers les élections de 2020 et ira-t-il encore un pas plus loin ? La perte de pouvoir dans le domaine de la politique intérieure va-t-elle l’amener à durcir ses positions en matière de politique internationale (une matière qui relève surtout de la compétence du président) ? Autant de questions pour les jours et les semaines à venir…

Et bien sûr, l’attention ne tardera pas à se reporter sur d’autres sujets brûlants comme la croissance de l’économie mondiale, les guerres commerciales, le Brexit et le budget italien – pour n’en citer que quelques-uns.

A l’échelle des secteurs, nous pourrions éventuellement entrevoir un léger impact sur le secteur pharmaceutique et la biotechnologie, qui devraient pouvoir profiter du statu quo dans la mesure où celui-ci rendra plus difficile l’introduction de diminutions de prix pour les médicaments. Il en va de même du secteur bancaire américain en ce sens que les Démocrates, sans une majorité au Sénat, pourront moins aisément annuler les libéralisations initiées par Donald Trump. Quant au secteur de la technologie, on peut s’attendre à ce qu’il soit confronté à un durcissement de la régulation et des contrôles, vu qu’il s’agit là de l’un des rares points sur lesquels les Républicains et les Démocrates semblent s’accorder.

Nous nous réveillons aujourd’hui dans une Amérique un peu plus bleue, mais pas encore suffisamment bleue que pour vraiment changer la donne. Mister Market aura donc besoin d’un peu plus de temps pour décider de l’attitude à adopter face à ce résultat…

Chiffres clés du 06/11/2018

Index Clôture +/- Depuis début 2018
Belgique: Bel-20 3498,06 -0,29% -12,06%
Europe: Stoxx Europe 600 362,55 -0,26% -6,84%
USA: S&P 500 2755,45 0,63% 3,06%
Japon: Nikkei 22147,75 1,14% -2,71%
Chine: Shangai Composite 2659,36 -0,23% -19,59%
Hongkong: Hang Seng 26120,96 0,72% -12,69%
Euro/dollar 1,14 0,14% -4,92%
Brent pétrole 71,69 -2,46% 7,63%
Or 1227,95 -0,22% -5,79%
Taux belge à 10 ans 0,83
Taux allemand à 10 ans 0,43
Taux américain à 10 ans 3,21
Source : Thomson Reuters IBES
Partagez :
Les opinions exprimées sur ce site sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis

Votre expert

Philippe Gijsels Chief Strategy Officer