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3 DÉC

Transition énergétique et chocs financiers

3-12-2021
Koen De Leus – Chief Economist
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Rédigé le 3-12-2021 09:48
Publié le 3-12-2021 09:48
L’année 2021 a été marquée par d’importantes tensions inflationnistes, notamment à la suite de l’envolée des prix des énergies fossiles. De nouveaux chocs sont-ils à craindre? Comment les éviter?
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Sommaire

  • La hausse de l'inflation est en partie liée à l’adoption des énergies renouvelables
  • De nouveaux chocs sur les prix ne sont pas à exclure à l’avenir
  • Une transition « ordonnée » vers les énergies propres limite les tensions inflationnistes
  • La demande de matières premières liée à la révolution verte peut aussi attiser l’inflation
La forte inflation de cette année 2021 est notamment liée à la transition climatique. La demande de pétrole et de gaz a soudainement augmenté à la suite d’une pénurie d’énergie renouvelable. L’offre de combustibles fossiles s’est avérée insuffisante en raison des investissements moindres des dernières années.

La Banque centrale européenne (BCE) prévoit de nouveaux chocs d’inflation au cours des 20 prochaines années si nous tardons à réduire notre dépendance aux énergies fossiles et à introduire une taxe carbone. Plus nous tardons à mettre cette taxe en place, plus elle devra être élevée lorsqu'elle sera finalement introduite. Les entreprises répercuteront plus rapidement les hausses de coûts sur leurs prix de vente et les consommateurs les anticiperont davantage.

Dans le cas d’une transition « ordonnée », la BCE estime que l’impact sur l’inflation sera de l’ordre de 0,1% par an. Mais en cas de transition « désordonnée », le surcroît d’inflation annuelle pourrait atteindre de 0,2% à 0,5%. Cela affecterait de plus la croissance économique. Après la conférence sur le climat de Glasgow, il semble que nous nous orientons de plus en plus vers cette transition désordonnée.
Pour réduire les émissions à zéro, nous aurons besoin de six fois plus de cobalt et de lithium, quatre fois plus de nickel et deux fois plus de cuivre.

Matières premières, le nouveau pétrole ?

Le long chemin vers la neutralité carbone d’ici 2050 peut aussi engendrer des tensions inflationnistes. La transition énergétique nécessite beaucoup de matières premières. Pour réduire les émissions à zéro, nous aurons besoin de six fois plus de cobalt et de lithium, quatre fois plus de nickel et deux fois plus de cuivre selon l’Agence internationale de l’énergie.

La demande augmente rapidement, mais il faut dix ans pour mettre en service une nouvelle mine de cuivre, de nickel ou de cobalt. Pour un gisement de lithium, cela dure cinq ans. Le prix du lithium pourrait bondir de 6.000 dollars par tonne en 2020 à 15.000 dollars en 2030. Les prix du nickel et du cobalt pourraient également tripler.

La valeur de la consommation annuelle de l’ensemble de ces matières premières correspondra approximativement au marché pétrolier. Cela constitue une nouvelle source potentielle de tensions inflationnistes.

Taux ultrabas

Enfin, la question des taux réels (taux nominal corrigé de l’inflation) négatifs se pose également. En Europe et aux États-Unis, ils sont actuellement d’environ -4%. Dans le passé, des taux aussi bas correspondaient à des pics d’endettement. Aux États-Unis, par exemple, ce fut le cas après la guerre de Sécession et les deux guerres mondiales. Les taux réels avaient alors plongé sous zéro, jusqu’à un plus bas de -10%. Ces époques étaient marquées par un endettement important et une forte répression financière, avec des taux nominaux très bas et une inflation très élevée.

Le passé nous permet-il d’anticiper ce qui nous attend ? Dans les années à venir, le monde politique fera pression pour maintenir les taux d'intérêt à un niveau bas. Une inflation un peu plus soutenue permettra d’alléger le fardeau de la dette. Mais il n'est pas certain qu'une population vieillissante puisse supporter une inflation plus élevée.

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