La sortie de la pandémie et la guerre en Ukraine ont engendré une flambée inédite des prix du gaz en Europe. Depuis le début de l’année, ils se sont envolés partout, avec des hausses allant de 100% à 1.000% par rapport aux prix des années précédentes. Nombre de personnes avaient opté pour du chauffage au gaz plutôt qu’au mazout ou à l’électricité : moins polluant, moins cher pour un prix globalement bien plus stable jusqu’en 2021. La trop grande dépendance de l’Europe au gaz russe s’avère toutefois être une erreur stratégique colossale. L’Europe la paie au prix fort et risque bien de continuer à en supporter le coût pendant un bon moment.
Impact inconnu sur le pouvoir d’achat
La flambée des prix du gaz va avoir un impact gigantesque sur le pouvoir d’achat des ménages qui se chauffent au gaz, soit un ménage sur deux environ en Belgique. De plus, pratiquement personne ne peut anticiper le coût réel. Rares sont ceux qui disposent d’un compteur intelligent permettant de suivre leur consommation effective au jour le jour. Le compteur traditionnel est relevé une fois par an et ce n’est qu’à ce moment que chacun sait combien son gaz lui aura vraiment coûté. Une fameuse épée de Damoclès en ces temps d’inflation galopante et de chute du pouvoir d’achat.
Écart entre l’Europe et les États-Unis
L’Europe s’est lancée dans un marathon pour remplacer le gaz russe. Près des trois quarts du gaz naturel liquéfié (GNL) exporté par les États-Unis sont aujourd’hui destinés à l’Europe. En 2021, ce n’était qu’un tiers. Les Américains sont dans une situation très différente du reste du monde. Ils sont en effet indépendants sur le plan énergétique, grâce notamment au gaz de schiste. Le prix du gaz est donc bien plus bas outre-Atlantique qu’en Europe et ailleurs dans le monde. Alors que l’Europe paie aujourd’hui son gaz six fois plus cher qu’en 2010 et quasi 30 fois plus cher qu’en pleine pandémie en 2020, les États-Unis ne le paient que deux fois plus cher qu’en 2010 et à peine cinq fois plus cher qu’en 2020. Un écart saisissant !
Lutte contre l’inflation
La crise énergétique, qui frappe durement l’Europe, n’a ainsi pas les mêmes conséquences des deux côtés de l’Atlantique ! Ce qui a un impact important sur la politique monétaire. Alors que les taux montent de manière franche aux États-Unis, la Banque centrale européenne (BCE) marche sur des œufs. La lutte contre l’inflation sera d’autant plus facile à gagner aux États-Unis que le prix du gaz est resté bas et que l’activité économique est déjà en phase de ralentissement. La donne est bien différente en Europe où l’inflation a explosé et où le prix du gaz va rester élevé jusqu’en 2023 au moins. La BCE va manquer de latitude à cause de notre dépendance au gaz russe, une évidence qui risque de coûter cher !