L’importance d’un positionnement clair des actionnaires
La première étape pour l’actionnariat sera de répondre à la question : «souhaitons-nous promouvoir les familiaux dans l’opérationnel, les accepter ou les éviter ?» Toute entreprise n’accepte pas d’avoir des familiaux actifs dans l’entreprise. Dans ce cas, il vaut mieux l’exprimer clairement plutôt que de laisser planer un doute risquant de créer une attente vaine. Dans tous les cas, il est prudent de bien comprendre les avantages et risques liés à ces engagements afin d’anticiper les écueils et de renforcer les atouts que ces situations nous offrent.
Une volonté propre
Ensuite, la deuxième étape est de s’assurer qu’il y a bien une volonté individuelle du candidat. En effet, dans la pratique, il n’est pas rare qu’un jeune postule pour de mauvaises raisons : respecter la volonté d’un parent, se prouver, ou par « devoir ». Or, on ne fait bien que ce qui nous plaît. Ceci est d’autant plus important dans un contexte familial particulièrement exigeant et engageant sur le long terme.
Un processus de sélection et des critères d’entrée clairs
Pourquoi ma cousine a-t-elle un poste dans l’entreprise et pas moi ? Qui a décidé, sur base de quels critères ? Ces questions, sans justification, peuvent créer des rancunes profondes, parfois plus encore chez les parents que chez les enfants.
Ce qui crée des frustrations durables, ce n’est pas tant de ne pas obtenir la même chose que son cousin ou sa sœur mais l’impression de ne pas être traité équitablement. Afin d’objectiver le processus, il est vivement recommandé de définir un système de sélection et des critères d’entrée clairs, équitables et appliqués de manière cohérente pour tout membre de la famille qui souhaiterait entrer dans l’entreprise.
Afin de diminuer l’émotionnel, on sera également attentif à inclure des non-familiaux dans le processus de sélection.
Gagner la confiance, gagner en confiance
Une fois que le candidat familial sélectionné rentre dans l’entreprise, son prochain défi sera de gagner en confiance autant que de gagner la confiance de chacun.
Soyons attentif à guider le jeune dans ses premiers pas en lui donnant une fonction et des responsabilités claires, ainsi qu’en lui fixant des objectifs ambitieux mais accessibles. Ignorer cette étape d’accompagnement peut engendrer des situations dramatiques.
Eviter le syndrome du sauveur ou du conquérant
Fort des attentes qui pèsent sur ses épaules et le besoin de se prouver, le nouvel entrant a parfois tendance à vouloir révolutionner l’entreprise et implémenter au plus vite toutes ses idées. Cette attitude est souvent perçue comme arrogante et démotivante par les autres travailleurs. Il est nécessaire pour le nouvel arrivant de faire preuve d’humilité et de patience à ce niveau. L’entreprise a des forces et des talents qui l’ont amenée là. Les respecter et en tirer le meilleur permettra d’avancer plus loin encore.
Assurer un feedback franc et constructif au nouvel arrivant
Ce point est hélas souvent délicat : pour le responsable hiérarchique qui craint pour son poste, pour la sœur ou le cousin qui ont peur de refroidir les relations familiales, pour les collègues qui n’ont pas toujours l’audace de faire leurs remarques à l’actionnaire.
Dès lors, il n’est pas inutile de rappeler au responsable hiérarchique que le membre de la famille a besoin d’être guidé comme tout autre collaborateur. En plus de cette première ligne, certaines familles font intervenir un comité ad-hoc ou un référent pour renforcer l’évaluation et guider le familial dans sa carrière... et également, en cas de nécessité de changement, accompagner sa sortie.
Laisser sa place
Enfin, quand les mois et les années ont passé, quand la relève est prête, il est temps de laisser la place à son successeur. Ce n’est pas une mince affaire, alors l’entreprise a bien souvent été « toute une vie » Dans combien de sociétés, le dirigeant en partance garde-t-il un bureau juste à côté du nouveau dirigeant ? S’il n’y est pas attentif, il peut avoir tendance à reprendre ses anciennes responsabilités, ou donner des instructions contradictoires compromettant la transmission.
Si les opérationnels familiaux demandent une attention particulière, leur motivation est grande, tout comme leur capacité à faire bouger les équipes. En se préparant adéquatement, il est possible d’allier intérêt de la société et confiance de l’actionnaire, tout en assurant une prise de fonction professionnelle et sans heurt.