Sommaire
- L’Allemagne a été l’un des pays les plus affectés par la crise financière de 2008
- Berlin a inscrit dans sa Constitution une règle empêchant les dérapages budgétaires
- Cette orthodoxie budgétaire lui a permis de réduire sa dette à moins de 60% du PIB
- Elle montre aujourd’hui ses limites en limitant les capacités d’investissement public
- Des voix plaident en faveur d’un assouplissement qui serait bénéfique pour toute l’Europe
Cette règle a été instaurée au lendemain de la crise financière de 2008, l’Allemagne ayant été l’un des pays les plus affectés. Le PIB a reculé d’environ 6,5% entre le printemps 2008 et le printemps 2009. Le gouvernement a alors adopté un programme d’aide conjoncturel d’une ampleur inédite. Il a pu éviter une hausse trop importante du chômage grâce à un recours très large au travail à temps partiel.
Cette politique de relance a cependant provoqué une forte hausse du niveau d’endettement. Une dette qui augmentait déjà depuis la coûteuse réunification de l’Allemagne après la chute du mur de Berlin. C’est ainsi qu’a germé l’idée d’inscrire dans la Constitution une règle permettant de réduire tout risque de dérive budgétaire.
Quand l’État allemand s’endette à 5 ans, voire à 10 ans, c’est l’investisseur qui le rémunère, les taux étant négatifs !
En route vers les 50% du PIB
Le déficit a été plafonné. Il doit être inférieur au total des investissements publics. Les 16 Länder (États fédérés allemands) ne peuvent avoir aucun déficit budgétaire et celui de l’État fédéral ne peut dépasser 0,35% du PIB. Depuis 2014, il n’y a plus eu le moindre trou dans le budget. La dette n’atteint plus que 60% du PIB, en route vers les 50% à l’horizon 2022.
Cette orthodoxie explique le niveau incroyablement bas des taux d’intérêt. Quand l’État allemand s’endette à 5 ans, voire à 10 ans, c’est l’investisseur qui le rémunère, les taux étant négatifs ! Mais l’Allemagne est désormais confrontée à un sérieux ralentissement de son activité. Certains évoquent ainsi la possibilité d’une révision des modalités du FCE.
Changement de priorité
En 2018, l’orthodoxie a permis de dégager un excédent budgétaire de 54 milliards d’euros. L’Allemagne subit pourtant de plein fouet le ralentissement conjoncturel lié au conflit commercial entre les États-Unis et la Chine. Le secteur automobile souffre de la tourmente médiatique sur le climat.
Cette cagnotte aiderait clairement à enrayer le coup de froid sur la croissance. Le FCE n’a plus réellement de sens au vu des besoins d’investissements dans les infrastructures et du niveau des taux. Si la machine économique n’est pas relancée, les recettes fiscales vont s’écrouler et la dette va repartir à la hausse. L’Allemagne a-t-elle atteint un tournant dans la gestion de ses finances publiques et la conduite de sa politique économique ?
Le FCE n’a plus de sens au regard des besoins en investissements dans les infrastructures et du niveau des taux.Sylviane Delcuve
Pas de choc en vue sur les taux
Des voix s’élèvent en faveur d’un arrangement permettant d’investir dans les écoles, les routes ou Internet. Comment ? En autorisant l’emprunt d’argent gratuitement. Ce qui a été rendu possible par la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Et donc avec l’accord des Allemands, très présents dans les décisions.
L’avenir dira dans quelle mesure un éventuel changement de cap influencera la conduite de la politique économique allemande. Ce qui paraît sûr, c’est que la rigueur ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Aucun choc n’est à craindre sur le niveau des taux. En revanche, une discipline budgétaire assouplie soutiendrait grandement l’activité économique. Beaucoup en bénéficieraient, en Allemagne comme ailleurs.