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La transition vers une croissance qualitative
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8 MARS

La transition vers une croissance qualitative

8-3-2021
François Gemenne – Specialist in environmental geopolitics and governance at the University of Liège
François Gemenne
François Gemenne Specialist in environmental geopolitics and governance at the University of Liège
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Rédigé le 8-3-2021 12:31
Publié le 8-3-2021 12:31
Après avoir détaillé les enjeux de l’anthropocène, François Gemenne nous livre les clés d’une économie durable. Une transition qui passe par une croissance plus qualitative pour l’Homme et la planète.
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Sommaire

  • Une vraie alphabétisation environnementale est nécessaire
  • Combiner croissance durable et démographique passe par un saut technologique
  • La croissance doit avant tout être qualitative pour les hommes et solidaire pour le monde
  • Toutes les entreprises peuvent se réinventer, même les compagnies pétrolières
  • Les investisseurs sont prêts à les soutenir dans cette transition
À ces pays émergents, il faut donc permettre des sauts technologiques qui fassent l’impasse sur les énergies fossiles et les pratiques polluantes.

Vous déplorez souvent la méconnaissance de toutes les questions par les décideurs. La solution, c’est la pédagogie ?

Une vraie alphabétisation environnementale est nécessaire, mais l’erreur serait de se focaliser sur les jeunes. Il faut aussi toucher les personnes plus âgées qui sont au pouvoir aujourd’hui. Pour les convaincre, il faut éviter de maximiser le problème et de minimiser la solution. Garder un agenda court et insister sur le chemin à parcourir est plus indiqué, car n’oublions pas que la plupart d’entre nous seront morts en 2100. Autre problématique, le public précarisé qui pense que sécher les cours pour l’écologie est un loisir de luxe. Il faut développer des structures spécifiques incluant leurs référents culturels. D’autant plus que les populations pauvres risquent d’être les plus affectées par les mesures de transition environnementale.

La population mondiale devrait atteindre 10 milliards d’individus en 2050. Comment faire face à cette croissance démographique qui se concentre dans les pays les plus pauvres ?

Ces pays pauvres sont aussi les pays les moins intenses en carbone. En revanche, il y a une corrélation entre développement, fécondité et émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour ces pays, la question est donc d’éviter que la réduction de la natalité, inhérente au développement économique, se traduise par une hausse des GES.

La Chine a dépassé ce stade. Elle a atteint un niveau de développement comparable à l’Europe et doit se concentrer sur la réduction de ses GES. En Inde, il faut encore sortir les gens de la pauvreté. Le pays ne pourra réfléchir à ses émissions que dans 20 ans. Trop tard ! À ces pays émergents, il faut donc permettre des sauts technologiques qui fassent l’impasse sur les énergies fossiles et les pratiques polluantes.

Que pensez-vous du concept de croissance verte ?

La croissance verte est une bonne excuse pour ne pas se poser des questions sur nos modèles actuels. Dans les pays développés, le défi est d’évoluer vers une croissance qualitative et non quantitative. De créer des indicateurs économiques qui dépassent la sphère du PIB. Dans les pays en développement où éradiquer la pauvreté est prioritaire, on peut et on doit parler de croissance verte. Quoi qu’en disent les pays occidentaux, eux seuls peuvent s’offrir le luxe d’une décroissance ou d’une restructuration de leur croissance. Au-delà de ce clivage, l’humanité est obnubilée par l’idée de faire sa part. C’est très égoïste, car on ne veut pas voir l’impact de nos actes à l’autre bout de la Terre. La solidarité est pourtant fondamentale.
Les investisseurs sont optimistes et les entreprises devraient s’en inspirer pour accélérer leur transition.François Gemenne

Sous pression, des groupes pétroliers européens se sont engagés en faveur de la neutralité carbone. La transition des secteurs polluants est-elle crédible ?

Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir d’une entreprise à se réinventer. Shell vendait des coquillages de collection à Londres et ses prospecteurs ont fini par trouver du pétrole. Elle peut devenir un leader du renouvelable en se consacrant pleinement à cet objectif de long terme. Les chefs d’entreprise visionnaires seront récompensés, les autres dépassés. Une entreprise ne peut rester rentable sans penser à ses actifs intangibles comme sa réputation. Les banques sortent du charbon parce que c’est toxique, mais aussi parce que c’est mauvais pour leur réputation. On a beaucoup à apprendre de la performance des marchés en 2020. Les investisseurs sont optimistes et les entreprises devraient s’en inspirer pour accélérer leur transition.

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