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Qui a peur de la taxe carbone?
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14 OCT

Qui a peur de la taxe carbone?

14-10-2019
Luc Van Liedekerke – Professor Corporate Social Responsibility
 Luc Van Liedekerke
Luc Van Liedekerke Professor Corporate Social Responsibility
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Rédigé le 11-10-2019 13:18
Publié le 14-10-2019 07:00
Pour beaucoup, l’instauration d’une taxe sur les émissions engendrées par les carburants fossiles est suicidaire économiquement. La Suède prouve le contraire.
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Sommaire

  • Les émissions de CO2 engendrent des coûts externes liés au climat et à la pollution
  • Ces coûts peuvent être internalisés via une taxe carbone
  • Les gouvernements craignent de plomber leur économie en instaurant une telle taxe
  • En Suède, la taxe a permis de réduire les émissions de 25% et le PIB a crû de 75%
Les émissions de CO2 engendrent des coûts qui ne sont pas intégrés dans le prix de produits et services. Pensez notamment aux coûts liés à la pollution de l’air, à la santé publique et au réchauffement climatique. L’influent économiste britannique Arthur C. Pigou a démontré que ces externalités avaient un prix et qu’elles peuvent être internalisées via une taxe. Cette théorie est rarement appliquée ou seulement à travers des demi-mesures. Les pays qui instaureraient une telle taxe verront leur compétitivité se dégrader, entend-on souvent. Ce qui en a refroidi plus d’un. L’Europe se contente d’une taxe de 20 à 25 euros par tonne, largement inférieure au coût réel. Ailleurs, on ne parle même que de 10 euros la tonne, voire rien du tout.

Gilets jaunes

La Suède a adopté une autre approche. Le pays a introduit une taxe de 20 euros par tonne de CO2 en 1991. Elle atteint désormais 130 euros par tonne. Les émissions suédoises ont baissé de 25% entre 1991 et 2018 et le PIB a augmenté de 75%. Les Suédois ont évité un choc économique en augmentant graduellement le prix du CO2. De plus, ils n’ont pas inclus les industries plus énergivores. Ces dernières ne doivent satisfaire qu’aux exigences du système européen d’échange de quotas d’émission, de sorte que le secteur demeure concurrentiel. Ils ont évité des mouvements du type des Gilets jaunes en compensant le surcoût pour les ménages à bas et moyens revenus. Les charges sur le travail ont été réduites, ce qui a amélioré le taux d’emploi.
En veillant à une juste redistribution et à une mise en place graduelle, la taxe carbone profite à tout le monde.Luc Van Liedekerke

Capacité d’innovation

La hausse progressive de la taxe carbone a laissé aux Suédois le temps de chercher des alternatives, surtout locales. Les systèmes de chauffage central ont été convertis aux pellets locaux, issus de forêts gérées de façon durable. Les brasseurs ont lancé des bières neutres en CO2. Vous ne trouverez pas de lait en bouteilles en plastique en Suède, mais des briques de lait en carton recyclé. La taxe carbone améliore donc la capacité d’innovation. Les Suédois consomment beaucoup plus local et sont moins dépendants des importations d’énergie et d’autres produits. La taxe a transformé l’économie et a rapporté plus qu’elle n’a coûté.

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