En résumé, la géopolitique devient économiquement déterminante lorsqu’elle quitte la sphère politique pour la scène macroéconomique. Ce cadre d’analyse guide notre évaluation actuelle.
Scénario 1 : Escalade contenue, absence de perturbation énergétique persistante (scénario de base)
Dans ce scénario, les opérations militaires et l’incertitude politique restent élevées à court terme, mais les voies maritimes et les exportations d’énergie restent globalement fonctionnelles. Les tensions peuvent s’in-tensifier, sans toutefois entraîner de paralysie régionale systémique.Scénario 2 : Perturbation prolongée de l’énergie et de la logistique (scénario défavorable)
Dans ce scénario, les coûts d’assurance maritime augmentent de manière structurelle, le transport maritime est perturbé de façon intermittente et les exportations pétrolières sont matériellement contraintes.
C’est le scénario dans lequel la géopolitique bascule dans la macro-économie.
Scénario 3 : Transition politique ordonnée et diminution graduelle des primes de risque (scénario positif)
Bien que moins immédiatement intégré par les marchés, ce scénario mérite une attention sérieuse.
Depuis la fin de l’année 2025, l’Iran a connu l’une des vagues de contestation intérieure les plus significatives des dernières décennies. Ce qui a débuté par des protestations liées aux difficultés économiques — effondre-ment de la monnaie, inflation élevée et dégradation du niveau de vie — a rapidement évolué vers des manifestations politiques plus larges remettant en question la légitimité du système en place. Les grèves des commerçants, les mobilisations étudiantes et les manifestations dans de nombreuses villes ont reflété une frustration généralisée dépassant largement des groupes sociaux isolés.
Les autorités ont répondu violement, en imposant des répressions, des arrestations et des restrictions de communication. Malgré cela, l’ampleur, la durée et le caractère explicitement politique de nombreux slogans ont révélé une insatisfaction structurelle profonde au sein de certaines composantes de la société iranienne. S’il est impossible de mesurer précisément la représentativité de ces mouvements à l’échelle de l’ensemble de la population, la persistance des troubles suggère que des segments significat ifs de la société contestaient ouvertement le statu quo. Cet élément est clairement susceptible d’influencer la stabilité et le déroulement d’une transition politique éventuelle.
Si une transition politique a lieu et qu’elle stabilise la gouvernance interne tout en réduisant la confrontation prolongée avec les économies occidentales, les conséquences à moyen terme pourraient être positives.
La trajectoire finale des marchés sera déterminée par ces variables, et pas seulement par les titres des journaux.
Il est important de souligner que les bénéfices des entreprises mondiales et les marchés de capitaux ont à maintes reprises démontré leur résilience face à des chocs géopolitiques n’affectant pas les moteurs structurels de la croissance.
À ce stade, nous ne disposons pas d’éléments suffisants pour conclure à un changement fondamental du régime macroéconomique mondial. Le scénario de base reste celui d’une volatilité accrue, sans nécessairement déboucher sur une récession mondiale persistante.
Actions
Les données historiques sur les conflits passés au Moyen-Orient indiquent que les indices boursiers mon-diaux subissent généralement des baisses initiales modérées (de l'ordre d'un chiffre en pourcentage), sui-vies d'un rebond dont l'ampleur dépend des conséquences macroéconomiques.
États‑Unis
Les États-Unis bénéficient de plusieurs avantages structurels en période de crise géopolitique. Ils sont largement indépendants sur le plan énergétique, disposent de marchés de capitaux très étendus et liquides, et leur marché actions est fortement pondéré en faveur des secteurs défensifs et technologiques.
Historiquement, les actions américaines se montrent ainsi relativement résilientes lors des tensions géopolitiques, surtout en comparaison avec d’autres marchés actions. Cette résilience ne s’érode que lorsque la situation économique intérieure se dégrade simultanément.
Europe
L’Europe est plus vulnérable aux tensions géopolitiques que certaines autres régions. Cette sensibilité s’explique par sa forte dépendance aux importations d’énergie, son exposition marquée aux secteurs industriel et manufacturier, ainsi que par sa sensibi lité aux fluctuations des taux de change.
Si les prix du pétrole restent durablement élevés, les prévisions de bénéfices des entreprises européennes subiront des révisions à la baisse plus prononcées qu’aux États-Unis.
Marchés émergents
Les différences entre pays émergents sont marquées. Les pays exportateurs de pétrole tirent souvent profit de la hausse des prix du pétrole, grâce à l’amélioration de leur balance commerciale. À l’inverse, les pays importateurs de pétrole rencontrent davant age de difficultés : ils sont plus exposés aux déficits budgétaires et commerciaux, ainsi qu’à des pressions sur leur monnaie. Les pays dépendant d’un financement extérieur sont les plus vulnérables en cas d’appréciation du dollar américain. Les données sur les flux de capitaux sont essentielles pour évaluer si les tensions sur les marchés émergents restent locales ou risquent de s’étendreen un problème systémique plus large.
L’éventualité d’un changement de régime ajoute une incertitude structurelle supplémentaire. Nous distinguons trois issues politiques possibles:
À ce stade, nous appliquons la répartition suivante des scénarios (susceptible d’être ajustée en fonction des nouvelles données disponibles) :
Sur la base de ce qui précède, nous appliquons les principes suivants pour la construction du portefeuille :
Les événements actuels représentent un évènement historiquement majeur sur le plan géopolitique. Pour qu’il devienne également historique sur le plan économique, tout dépendra de la matérialisation de canaux de transmission concrets et observables.
La plupart des chocs géopolitiques restent cantonnés à des périodes de volatilité accrue et n’aboutissent pas à des ruptures macroéconomiques structurelles. Le facteur déclencheur crucial reste la logistique énergétique.
Notre approche est donc conditionnelle et non guidée par des récits. Nous ajustons les pondérations de probabilité sur la base de données tangibles, et non des spéculations médiatiques.
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