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Iran: un choc géopolitique et ses implications pour les marchés
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2 MARS

Iran: un choc géopolitique et ses implications pour les marchés

2-3-2026
Claus Frank – Head of Investment Services Affluent & Private Banking
Claus Frank Head of Investment Services Affluent & Private Banking
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Rédigé le 2-3-2026 13:13
Publié le 2-3-2026 13:13
La récente escalade autour de l’Iran entraîne une montée des tensions géopolitiques et une volatilité accrue sur les marchés. Dans ce flash, nous analysons les premières réactions, présentons les principaux scénarios et expliquons ce que cela peut impliquer concrètement pour les investisseurs.
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Escalade géopolitique : choc ponctuel ou tournant structurel ?

La campagne de frappes conjointes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ainsi que les informa-tions faisant état de l’élimination du Guide suprême Ali Khamenei, constituent une rupture géopolitique ma-jeure. Cet événement combine une escalade militaire avec des implications explicites de changement de régime, introduisant à la fois un risque immédiat de volatilité et une incertitude politique à plus long terme.

Au-delà des conséquences stratégiques et politiques, il existe une dimension humaine indéniable : des con-flits de cette ampleur entraînent inévitablement des pertes humaines, et des civils innocents risquent de devenir les victimes de forces échappant à leur contrôle. C’est une réalité tragique qui appelle à notre plus profonde compassion.

Du point de vue des investissements, notre objectif est d’éviter toute approche binaire. L’histoire montre que la plupart des chocs géopolitiques entraînent une revalorisation temporaire du risque plutôt que des marchés baissiers structurels. Toutefois, lorsque des événements géopolitiques perturbent l’approvisionnement en énergie ou impactent l’inflation ou les conditions financières, ceux-ci peuvent influencer la réalité macroé-conomique. Il est donc important de distinguer les événements qui sont historiquement politiques de ceux qui sont économiquement transformateurs, car ces deux dimensions ne coïncident pas toujours.

Les conflits géopolitiques passés (Première guerre du Golfe, Irak 2003, Crimée 2014, escalade des tensions entre Israël–Hamas) présentent un schéma récurrent :
  • Replis initiaux des cours des actions, généralement de quelques pourcents
  • Pics de volatilité durant plusieurs semaines
  • Hausse de la prime de risque sur le pétrole
  • Reprise conditionnée à l’absence de perturbation persistante de l’offre
D’un point de vue historique, un impact macroéconomique structurel ne s’est produit que lorsque l’approvi-sionnement en énergie était matériellement perturbé ou que les conditions financières globales se resser-raient de manière persistante.

L’enseignement clé pour notre positionnement : Ne pas surréagir à la volatilité, sauf lorsque des indicateurs concrets montrent que l’environnement économique évolue de manière structurelle.

Si un tel régime macroéconomique change et qu’une inflation plus élevée s’installe de manière structurelle, le portefeuille classique actions/obligations doit être réévalué. Une inflation supérieure à 3% annule souvent la corrélation négative entre actions et obligations, qui constitue le coeur d’un tel portefeuille.

Perspective historique : quand les chocs géopolitiques deviennent-ils réellement déterminants pour les marchés ?

L’histoire délivre un enseignement à la fois sobre et éclairant. De nombreux conflits géopolitiques au cours des dernières décennies ont déclenché des replis immédiats des marchés, des pics de volatilité et des posi-tionnements temporaires « risk-off ». Pourtant, dans un grand nombre de cas, les marchés des actions mondiaux diversifiés se sont redressés en quelques mois, une fois établi que le conflit ne perturbait pas de manière significative la croissance mondiale, l’approvisionnement en énergie ou les conditions financières.

Le facteur différenciant a rarement été la gravité des titres des journaux, mais bien la capacité du conflit à :
  1. Perturber d’une façon structurelle les flux mondiaux d’énergie et de commerce;
  2. Modifier la dynamique de l’inflation et/ou les trajectoires de politique monétaire des banques centrales;
  3. Causer une instabilité ou des tensions financières structurelles;
  4. Transformer le régime économique mondial.

En résumé, la géopolitique devient économiquement déterminante lorsqu’elle quitte la sphère politique pour la scène macroéconomique. Ce cadre d’analyse guide notre évaluation actuelle.

La différence structurelle dans ce cas-ci

La situation actuelle est plus complexe qu’un simple épisode de tensions, et ce, pour plusieurs raisons :

Premièrement, les frappes comportent une dimension explicite de changement de régime. Deuxièmement, l’élimination présumée des plus hauts dirigeants politiques et sécuritaires iraniens génère une incertitude interne accrue. Troisièmement, la situation géographique de l’Iran, à proximité de voies de transit énergétique essentielles, crée un risque potentiel de perturbation du marché de l’énergie.

Il est tout aussi important d’éviter toute extrapolation excessive. Un changement de régime, s’il venait à se produire, n’implique pas automatiquement un chaos prolongé. De même, une escalade de conflit armé n’im-plique pas nécessairement une perturbation durable de l’offre pétrolière.

Il existe des scénarios crédibles dans lesquels une transition politique réduirait, à terme, les primes de risque régionales plutôt que les accroître.

Analyse de scénarios

Nous structurons notre analyse autour de trois scénarios réalistes, avec des implications claires à court et moyen terme pour les actions, les obligations, les matières premières et les devises.

Scénario 1 : Escalade contenue, absence de perturbation énergétique persistante (scénario de base)

Dans ce scénario, les opérations militaires et l’incertitude politique restent élevées à court terme, mais les voies maritimes et les exportations d’énergie restent globalement fonctionnelles. Les tensions peuvent s’in-tensifier, sans toutefois entraîner de paralysie régionale systémique.
  • Court terme (jours/semaines)

    Actions : une phase temporaire de « risk-off » est probable. La volatilité augmente et les marchés intègrent l’incertitude. Les actions américaines semblent légèrement plus résilientes que les autres marchés, compte tenu de la liquidité du marché et de la composition sectorielle. Les marchés européens sont un peu plus vulnérables en raison de leur sensibilité à l’énergie. Les marchés émergents subissent une pression sélective, en particulier les pays importateurs d’énergie.

    Obligations : la demande de valeurs refuges soutient d’abord les obligations d’Etats de haute qualité. Les rendements réels sont susceptibles de baisser sous l’effet de l’aversion au risque, tandis que les anticipations d’inflation augmentent en cas de hausse temporaire des prix du pétrole. Les spreads (écarts) de crédit s’élar-gissent tout en restant ordonnés.

    Matières premières : les prix du pétrole intègrent une prime de risque géopolitique. L’or profite de la de-mande liée à la couverture contre l’incertitude.

    Devises : le dollar américain, le franc suisse et le yen japonais se renforcent. Les devises des marchés émer-gents s’affaiblissent de manière sélective.
  • Moyen terme (1 à 6 mois)

    Si l’approvisionnement en énergie reste intact, le modèle historique suggère une stabilisation. Les primes de risque pétrolier diminuent progressivement. Les marchés des actions se redressent généralement lorsque l’incertitude devient mesurable plutôt qu’existentielle. Les spreads de crédit se normalisent. La politique des banques centrales est à nouveau guidée par les données macroéconomiques domestiques plutôt que par la géopolitique.

    Dans ce scénario de base, l’événement est considéré comme un choc de volatilité, et non comme un chan-gement structurel de régime macroéconomique.

Scénario 2 : Perturbation prolongée de l’énergie et de la logistique (scénario défavorable)

Dans ce scénario, les coûts d’assurance maritime augmentent de manière structurelle, le transport maritime est perturbé de façon intermittente et les exportations pétrolières sont matériellement contraintes.

C’est le scénario dans lequel la géopolitique bascule dans la macro-économie.

  • Court terme

    Actions : replis mondiaux plus marqués. Les secteurs de l’énergie (et probablement de la défense) surper-forment. Les marchés européens subissent des pressions plus fortes. Les marchés émergents présentant des vulnérabilités au niveau du compte courant sont les plus exposés.

    Obligations : les anticipations d’inflation augmentent de manière plus significative. Les courbes de taux peu-vent se pentifier si le risque inflationniste l’emporte sur les préoccupations liées à la croissance. Les spreads de crédit s’élargissent, en particulier pour la dette high yield (haut rendement) et la dette émergente.

    Matières premières : les prix du pétrole et du GNL augmentent fortement et demeurent élevés. L’or se renforce.

    Devises : l’appréciation du dollar augmente. Les devises des pays importateurs de pétrole se déprécient. Les exportateurs de matières premières connaissent des effets contrastés selon l’appétit pour le risque.

  • Moyen terme

    Une inflation énergétique persistante complique les cycles d’assouplissement monétaire des banques cen-trales. Les conditions financières se resserrent. Les valorisations boursières sont sous pression en raison des taux plus élevés et de la compression des marges bénéficiaires. Les coûts de financement augmentent pour les marchés émergents.

    Il s’agit du seul scénario pour lequel nous anticiperions un impact macroéconomique durable au-delà de quelques trimestres. Un élément clé consistera à analyser toute rupture persistante de la corrélation néga-tive entre actions et obligations.

    Il convient de souligner que ce scénario requiert des perturbations physiques observables et continues, et non de simples déclarations ou escalades ponctuelles.

Scénario 3 : Transition politique ordonnée et diminution graduelle des primes de risque (scénario positif)

Bien que moins immédiatement intégré par les marchés, ce scénario mérite une attention sérieuse.

Depuis la fin de l’année 2025, l’Iran a connu l’une des vagues de contestation intérieure les plus significatives des dernières décennies. Ce qui a débuté par des protestations liées aux difficultés économiques — effondre-ment de la monnaie, inflation élevée et dégradation du niveau de vie — a rapidement évolué vers des manifestations politiques plus larges remettant en question la légitimité du système en place. Les grèves des commerçants, les mobilisations étudiantes et les manifestations dans de nombreuses villes ont reflété une frustration généralisée dépassant largement des groupes sociaux isolés.

Les autorités ont répondu violement, en imposant des répressions, des arrestations et des restrictions de communication. Malgré cela, l’ampleur, la durée et le caractère explicitement politique de nombreux slogans ont révélé une insatisfaction structurelle profonde au sein de certaines composantes de la société iranienne. S’il est impossible de mesurer précisément la représentativité de ces mouvements à l’échelle de l’ensemble de la population, la persistance des troubles suggère que des segments significat ifs de la société contestaient ouvertement le statu quo. Cet élément est clairement susceptible d’influencer la stabilité et le déroulement d’une transition politique éventuelle.

Si une transition politique a lieu et qu’elle stabilise la gouvernance interne tout en réduisant la confrontation prolongée avec les économies occidentales, les conséquences à moyen terme pourraient être positives.

  • Court terme

    Les marchés demeurent volatils tant que la continuité du leadership et des institutions n’est pas clarifiée.
    Les prix du pétrole restent initialement assez élevés.

  • Moyen terme

    Si une stabilisation s’installe :

    Compression des primes de risque régionales. Les marchés européens et émergents bénéficient d’une amélioration de la confiance énergétique et des flux de capitaux. Les valeurs cycliques mondiales affichent de meilleures performances.

    Obligations : les craintes inflationnistes s’estompent à mesure que la prime de risque pétrolière se dissipe.
    Les écarts de crédit se resserrent de manière significative.

    Matières premières : retour à la normale du prix du pétrole. L’or se stabilise.

    Devises : la vigueur du dollar s’atténue partiellement à mesure que l’appétit pour le risque augmente au niveau mondial.

    Dans ce scénario, les marchés pourraient finalement interpréter l’épisode comme une réinitialisation géopolitique plutôt que comme une déstabilisation.

    L’histoire rappelle toutefois que les transitions prennent du temps et nécessitent un ancrage institutionnel crédible avant que les investisseurs ne réévaluent les actifs de manière structurelle.

Ce que nous monitorons

Nous ne raisonnons pas sur base d’un scénario unique. Nous monitorons des variables observables :
  • Volumes d’exportation d’énergie et trafic de pétroliers
  • Taux d’assurance maritime
  • Indicateurs de volatilité pétrolière
  • Comportement des credit spreads (écarts de crédit) aux États - Unis et sur les marchés émergents
  • Indicateurs de stress sur les devises
  • Signes de continuité ou de fragmentation institutionnelle en Iran

La trajectoire finale des marchés sera déterminée par ces variables, et pas seulement par les titres des journaux.

Implications pour les portefeuilles des clients Priority Banking, Private Banking et Wealth Management

Pour des portefeuilles diversifiés à long terme, l’enseignement historique est clair : réagir de manière impulsive aux chocs géopolitiques s’est souvent révélé coûteux. Dans le même temps, il serait imprudent d’ignorer les risques réels au sein de la réalité macroéconomique.

Notre approche demeure disciplinée :
  • Maintenir une diversification entre les régions et les classes d’actifs
  • Éviter les expositions concentrées aux segments les plus sensibles géopolitiquement
  • Garder des réserves de liquidité
  • Utiliser la volatilité pour rééquilibrer plutôt que capituler
  • Respecter les couvertures (hedges) lorsqu’elles sont appropriées

Il est important de souligner que les bénéfices des entreprises mondiales et les marchés de capitaux ont à maintes reprises démontré leur résilience face à des chocs géopolitiques n’affectant pas les moteurs structurels de la croissance.

À ce stade, nous ne disposons pas d’éléments suffisants pour conclure à un changement fondamental du régime macroéconomique mondial. Le scénario de base reste celui d’une volatilité accrue, sans nécessairement déboucher sur une récession mondiale persistante.

Implications pratiques pour le portefeuille

En termes pratiques de gestion de portefeuille, nous avons précédemment renforcé de manière modérée notre positionnement défensif, incluant une exposition sélective à l’or et aux services aux collectivités, tout en gérant activement le risque de change dan s un contexte de forte volatilité du dollar américain.

L’allocation en actions reste orientée vers des segments résilients tels que la santé et d’autres franchises défensives, offrant un soutien en période d’incertitude macroéconomique.

Du côté de l’offre pétrolière, les signaux de production supplémentaire de certains membres de l’OPEP ainsi que les niveaux relativement élevés des stocks américains constituent un amortisseur partiel, même si le détroit d’Hormuz demeure la variable de tra nsmission clé en raison de son rôle central dans les flux pétroliers mondiaux.

En fin de compte, les marchés feront la distinction entre des primes de risque temporaires et une perturbation physique durable , cette dernière constituant le véritable point d’inflexion macroéconomique.

Nous restons vigilants et notre approche demeure structurée et disciplinée. Si le canal de transmission éner-gétique devait se détériorer de manière significative, notre positionnement et notre analyse seraient ajustés en conséquence.

Perspective finale

Les événements géopolitiques mettent les convictions à l’épreuve. Ils accroissent l’incertitude. Ils remettent en question les récits établis.

Mais la gestion de patrimoine à long terme ne repose pas sur des réactions face à l’incertitude, mais sur la construction de portefeuilles capables d’y résister.

Notre rôle n’est pas de prédire les gros titres. Il consiste à interpréter les risques à travers des données historiques, des indicateurs macroéconomiques et une analyse de scénarios rigoureuse. Notre rôle est de vous guider, en tant que clients, avec clarté et prudence dans les périodes de volatilité : vous apporter de la sérénité est essentiel dans cet exercice. Comme toujours, nous cherchons à trouver un équilibre optimal entre la préservation de votre capital et l’ouverture aux opportunités que la volatilité peut offrir.

Nous continuerons à vous tenir informés à mesure que les événements évolueront et que les premières réactions des marchés apporteront davantage de clarté.

ANNEXE TECHNIQUE : Comment les événements géopolitiques influencent les mar-chés et les différentes catégories de placement

Cadre analytique : quand la géopolitique devient‑elle macroéconomique

Tous les événements géopolitiques ne provoquent pas des perturbations durables des marchés financiers. Notre cadre analytique distingue trois niveaux d’impact :

Niveau 1 – Choc sur les primes de risque (volatilité et réallocation)
Intégration immédiate de l’incertitude dans les prix, caractérisée par une hausse de la volatilité implicite, un élargissement des spreads de crédit, une appréciation des actifs refuges et des replis temporaires des marchés actions. Cette phase est généralement motivée par des dynamiques de liquidité plutôt que par des considérations de rentabilité

Niveau 2 – Evolution de l’inflation et modification des conditions financières
Si le choc affecte les prix de l’énergie, les coûts de transport maritime ou les flux de matières premières, les anticipations d’inflation augmentent. Les décisions des banques centrales peuvent évoluer, impactant les taux réels et les taux d’actualisation. Les conditions financières se resserrent.

Niveau 3 – Changement structurelle de la croissanceCe niveau n’est atteint que si les événements modifient durablement l’architecture du commerce mondial, les flux de capitaux, la solvabilité des Etats ou l’alignement des politiques à long terme.

Historiquement, la majorité des chocs géopolitiques restent cantonnés au niveau 1. Des conséquences ma-croéconomiques persistantes mènent au niveau 2 ou 3. La situation actuelle doit être analysée à travers cette grille de lecture et ce nivellement.

Mécanismes de marché par classe d’actifs

Actions

  • Dynamiques de court terme
Les marchés actions réagissent généralement via trois canaux :
  1. Ajustement des taux d’actualisation : l’incertitude accrue entraîne une hausse de la prime de risque des actions.
  2. Incertitude sur les bénéfices : particulièrement marquée pour les secteurs cycliques, le transport aérien, la logistique, les biens de consommation et les sociétés exportatrices des marchés émergents.
  3. Rotation sectorielle : meilleure performance des secteurs de l’énergie, de la défense, des actions de qualité et des actifs à faible volatilité.

Les données historiques sur les conflits passés au Moyen-Orient indiquent que les indices boursiers mon-diaux subissent généralement des baisses initiales modérées (de l'ordre d'un chiffre en pourcentage), sui-vies d'un rebond dont l'ampleur dépend des conséquences macroéconomiques.

  • Dynamique à moyen terme
Si l’offre énergétique reste intacte :
  • Les primes de risque des actions diminuent progressivement
  • Stabilisation des révisions de bénéfices
  • La volatilité se normalise
Si les prix de l’énergie demeurent durablement élevés :
  • Les marges bénéficiaires sont sous pression (surtout en Europe et dans les pays importateurs d’énergie des marchés émergents)
  • Les taux d’actualisation plus élevés pèsent sur la croissance
Dans un scénario de transition politique ordonnée, les primes de risque des actions peuvent diminuer structurellement, soutenant les secteurs cycliques et les valeurs financières.

Obligations d’Etats

À court terme, la dynamique des obligations d’Etats dépend de l’équilibre entre :
  • Les craintes de ralentissement économique, favorables aux obligations
  • Le risque inflationniste lié à l’énergie, défavorable aux obligations
En cas de scénarios maitrisés, ces effets se compensent largement, entraînant des mouvements nets limités. En cas de perturbations persistantes, les anticipations d’inflation augmentent plus clairement, les investisseurs exigent une prime plus élevée pour les échéances longues, et l’écart entre les taux courts et longs s’élargit. Les taux courts restent général ement stables, tant que les anticipations d’inflation ne s’emballent
pas. L’extrémité courte de la courbe des taux, sensible à la politique monétaire , reste habituellement ancrée, sauf si les anticipations d’inflation se détachent significativement de leur scénario de base.

Les obligations d’entreprise

Les spreads de crédit sont les indicateurs précoces les plus sensibles aux changements macroéconomiques. Ceux- ci feront l’objet d’une attention particulière, surtout compte tenu des récentes tensions du marché autour des crédits privés.
  • Investment Grade : élargissement généralement limité lors des chocs de Niveau 1, se rétablit si le risque systémique reste faible.
  • High Yield : Plus sensible au resserrement des conditions financières et aux changements d’appétit pour le risque.
  • Obligations d’entreprises des marchés émergents : forte sensibilité à la vigueur du dollar, aux variations des prix du pétrole et aux risques de refinancement des Etats.
Un élargissement persistant des CDS (Credit Default Swap) des Etats sur les marchés émergents constituerait un signal précoce pour une transition vers le Niveau 2.

Matières premières – Pétrole

La formation du prix du pétrole intègre :
  • Une prime de risque géopolitique immédiate
  • La probabilité, plus ou moins importante, de la perturbation de l’offre
  • La probabilité, plus ou moins importante, de perturbations logistiques, avec un focus particulier sur le détroit d’Ormuz
  • Les anticipations de capacités de production disponibles
  • La politique de réserves stratégiques
La distinction cruciale réside entre la prime de risque et la pénurie physique Historiquement, si les fluxd’exportation restent opérationnels, la prime géopolitique disparaît en quelques semaines, voire quelques mois.

En revanche, des perturbations persistantes de l’offre modifieraient les trajectoires d’inflation mondiales et les réponses des banques centrales.

Ou

Le prix de l’or reflète principalement :
  • La prime d’incertitude géopolitique
  • La nervosité des marchés, comme en témoigne le récent débat sur les crédits privés
  • L’évolution du dollar américain
  • La disparition de la corrélation négative entre actions et obligations
Un soutien durable au prix de l’or apparaît dès lors probable.

Devises

Lors des crises géopolitiques, les devises réagissent généralement selon un ordre établi. En premier lieu, le dollar américain se renforce, car il est la monnaie la plus utilisée mondialement et perçue comme une réserve sûre. Ensuite, le franc suisse et le yen japonais tendent également à s’apprécier, en tant que valeurs refuges traditionnelles. Cependant, la réaction du yen peut être plus modérée, en raison de la forte dépendance
du Japon aux approvisionnements pétroliers via le détroit d’Ormuz, source d’ incertitude supplémentaire en période de crise. Si la hausse du dollar persiste, cela indique généralement un resserrement des conditions financières mondiales. En revanche, si cette appréciation se stabilise rapidement, le risque de contagion vers d’autres marchés diminue. Ce signal mérite une attention particulière.

Différenciation régionale

États‑Unis

Les États-Unis bénéficient de plusieurs avantages structurels en période de crise géopolitique. Ils sont largement indépendants sur le plan énergétique, disposent de marchés de capitaux très étendus et liquides, et leur marché actions est fortement pondéré en faveur des secteurs défensifs et technologiques.

Historiquement, les actions américaines se montrent ainsi relativement résilientes lors des tensions géopolitiques, surtout en comparaison avec d’autres marchés actions. Cette résilience ne s’érode que lorsque la situation économique intérieure se dégrade simultanément.

Europe

L’Europe est plus vulnérable aux tensions géopolitiques que certaines autres régions. Cette sensibilité s’explique par sa forte dépendance aux importations d’énergie, son exposition marquée aux secteurs industriel et manufacturier, ainsi que par sa sensibi lité aux fluctuations des taux de change.

Si les prix du pétrole restent durablement élevés, les prévisions de bénéfices des entreprises européennes subiront des révisions à la baisse plus prononcées qu’aux États-Unis.

Marchés émergents

Les différences entre pays émergents sont marquées. Les pays exportateurs de pétrole tirent souvent profit de la hausse des prix du pétrole, grâce à l’amélioration de leur balance commerciale. À l’inverse, les pays importateurs de pétrole rencontrent davant age de difficultés : ils sont plus exposés aux déficits budgétaires et commerciaux, ainsi qu’à des pressions sur leur monnaie. Les pays dépendant d’un financement extérieur sont les plus vulnérables en cas d’appréciation du dollar américain. Les données sur les flux de capitaux sont essentielles pour évaluer si les tensions sur les marchés émergents restent locales ou risquent de s’étendreen un problème systémique plus large.

Matrice de risque de transition politique

L’éventualité d’un changement de régime ajoute une incertitude structurelle supplémentaire. Nous distinguons trois issues politiques possibles:

  1. Transition ordonnée : Les institutions continuent de fonctionner et le maintien de la sécurité reste intact.
    Dans ce cas, les primes de risque diminuent progressivement.
  2. Structure de pouvoir fragmentée : Plusieurs centres de pouvoir concurrents émergent. L’incertitude accrue persiste et donc la prime d’incertitude pourrait rester élevée.
  3. Escalade régionale : Les conflits via des alliés ou des proxys s’intensifient. Le risque que la géopolitique affecte l’économie au sens large (Niveau 2) augmente.
Les marchés réagissent alors moins aux déclarations et plus aux preuves tangibles que les institutions continuent de fonctionner de manière cohérente et stable.

Tableau de bord de suivi avec indicateurs clés

Nous suivons plusieurs indicateurs réactifs aux évolutions de marché, notamment :
  • L’ampleur des fluctuations des prix du pétrole;
  • L’évolution des coûts d’assurance maritime;
  • Le trafic de pétroliers dans les routes maritimes stratégiques, comme le détroit d’Ormuz;
  • Les anticipations d’inflation aux États - Unis et en Europe;
  • Le comportement des spreads de crédit (high yield et marchés émergents) ;
  • La force du dollar face aux autres devises;
  • Et les conditions financières globales.
Si ces indicateurs se dégradent collectivement et durablement, cela suggère que le choc géopolitique ne se limite plus à une simple volatilité des marchés (Niveau 1), mais commence à impacter l’économie réelle (Niveau 2).


Présentation des scénarios et calibrage des risques

À ce stade, nous appliquons la répartition suivante des scénarios (susceptible d’être ajustée en fonction des nouvelles données disponibles) :

  • Scénario central : une escalade « sous contrôle » avec une diminution progressive de la prime de risque;
  • Scénario alternatif 1 : une perturbation durable de l’approvisionnement énergétique;
  • Scénario alternatif 2 : une transition politique se stabilisant progressivement.
Le scénario central reste celui d’une volatilité accrue sans changement macroéconomique structurel. Cependant, la probabilité d’une évolution clairement négative ou clairement positive reste non négligeable.

Construction de portefeuille – Implications (Perspective technique)

Sur la base de ce qui précède, nous appliquons les principes suivants pour la construction du portefeuille :

  • Maintenir une exposition équilibrée aux actions, avec une diversification sectorielle suffisante;
  • Éviter une concentration excessive dans les régions fortement dépendantes des importations d’énergie;
  • Conserver des positions centrales en obligations d’État comme élément stabilisateur du portefeuille;
  • Surveiller attentivement l’exposition au risque de crédit;
  • Éviter de prendre des positions agressives sur les devises dans une seule direction;
  • Préserver une flexibilité suffisante pour rééquilibrer le portefeuille lorsque les fluctuations de marché dépassent ce que justifient les fondamentaux.
L’expérience historique montre qu’un rééquilibrage discipliné pendant les périodes de volatilité a ajouté de la valeur à long terme dans des situations comparables.

Perspective technique finale

Les événements actuels représentent un évènement historiquement majeur sur le plan géopolitique. Pour qu’il devienne également historique sur le plan économique, tout dépendra de la matérialisation de canaux de transmission concrets et observables.

La plupart des chocs géopolitiques restent cantonnés à des périodes de volatilité accrue et n’aboutissent pas à des ruptures macroéconomiques structurelles. Le facteur déclencheur crucial reste la logistique énergétique.

Notre approche est donc conditionnelle et non guidée par des récits. Nous ajustons les pondérations de probabilité sur la base de données tangibles, et non des spéculations médiatiques.

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Conflits d'intérêts

Il peut exister des conflits d'intérêts dans le chef de BNP Pa-ribas Fortis sa et ses sociétés liées à la date de rédaction du présent document. Des règles de comportement et procé-dures internes, spécifiques, sont élaborées à cet effet. Ces codes de conduite et les mentions des conflits d'intérêts éventuels dans le chef de BNP Paribas Fortis sa et ses socié-tés liées sont disponibles sur http://disclosures.bnppari-basfortis.com et, en ce qui concerne le groupe BNP Paribas, sur https://wealthmanagement.bnpparibas/fr/conflict-of-in-terest.html. Vous pouvez également obtenir cette informa-tion via votre personne de contact.

BNP Paribas Fortis SA, Montagne du Parc 3, 1000 Bruxelles, RPM Bruxelles TVA BE0403.199.702 est soumis en qualité d'établissement de crédit de droit belge au contrôle pruden-tiel de la Banque Centrale Européenne et de la Banque Na-tionale de Belgique. L'Autorité des services et marchés finan-ciers (FSMA) est chargée du contrôle en matière de protec-tion des investisseurs et des consommateurs. BNP Paribas Fortis SA est inscrit sous le numéro d’entreprise précité au-près de la FSMA, rue du Congrès 12-14, 1000 Bruxelles, et agit comme agent d'assurances lié, rémunéré par des com-missions, pour AG Insurance sa. BNP Paribas Fortis SA détient une participation de plus de 10% dans AG Insurance.
Les opinions exprimées sur ce site sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis

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