Sommaire
- Les États-Unis ont obtenu de la Chine qu’elle prenne davantage d’engagements
- La Chine devient un partenaire commercial de choix avec une économie plus ouverte
- Les pays qui exportent certains produits en Chine vont voir leurs exportations baisser
- À long terme, le présent accord commercial n’aura vraisemblablement aucun impact durable
« L’Amérique gagne comme jamais » s’est vanté Donald Trump, dans son style si particulier, lors de son discours à Davos. Mais qui sont les réels vainqueurs et perdants du récent accord commercial entre les États-Unis et la Chine ? À première vue, il semble surtout favoriser l’économie américaine. Dans le document de 96 pages, on dénombre au total 105 engagements de la Chine, 88 engagements communs et seulement cinq engagements des États-Unis. De plus, les surtaxes douanières existantes sont en grande partie maintenues.
Des doutes entourent toutefois la procédure d’arbitrage prévue. Il est également évident que certains pays, qui n’ont pas pris part aux négociations, seront les principales victimes collatérales de cet accord.
La dépendance de la Chine
La principale interrogation est pourquoi la Chine a signé un accord qui lui impose davantage d’obligations qu’aux États-Unis. La promesse de réformes concernant la protection de la propriété intellectuelle, le transfert de technologies et l’ouverture du secteur financier sont à terme dans l’intérêt de la Chine. L’économie du pays est de plus en plus ouverte. L’accord commercial constitue aussi un argument de poids face aux forces conservatrices internes freinant les réformes. De plus, il permet d’apaiser les incertitudes engendrées par les tensions commerciales. La Chine acte enfin qu’elle reste dépendante des États-Unis, notamment au niveau des technologies de bases et des puces électroniques avancées. Avec l’accord, elle gagne du temps.
Conséquences pour les autres pays
La Chine s’est engagée à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains de certains secteurs au cours des deux prochaines années. Inévitablement, cela va affecter les exportations des pays qui fournissaient jusqu’à présent ces produits à la Chine. Dans le secteur des matières premières, l’Australie et le Canada font partie des principaux concernés. Pour ce qui est des biens industriels, le Japon, la Corée du Sud et l’Europe seront notamment affectés.
Évidemment, on peut s’interroger sur la conformité d’un tel engagement d’importer certains produits d’un seul pays par rapport aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Peu importe la réponse, les États-Unis n’en ont que faire.
À long terme
Comment les éventuels différends entre la Chine et les États-Unis seront-ils traités ? Selon l’accord, le pays lésé peut porter plainte s’il estime que l’autre ne respecte pas ses engagements. Le plaignant peut ensuite imposer de nouvelles surtaxes douanières sans que l’autre partie ne puisse riposter. La seule alternative consiste à sortir de l’accord.
Sur la durée, le résultat final apparaît assez limité. À court terme, l’accord devrait certes stimuler les échanges commerciaux sino-américains. Mais à long terme, il n’apporte aucune solution pérenne. À brève échéance, le déficit commercial des États-Unis devrait se contracter. À long terme, ils devront toutefois épargner plus et consommer moins pour équilibrer leur balance commerciale.