L’économie mondiale ne connaît pas un choc temporaire, mais fait face à un ensemble de crises interdépendantes qui se renforcent mutuellement. Ce qui caractérise une polycrise. Conflits géopolitiques, tensions commerciales, risques climatiques et ruptures technologiques se superposent de plus en plus fréquemment. Le modèle d’un système global stable, dans lequel les chocs étaient rares et de courte durée, appartient désormais au passé.
Des personnalités politiques ou des événements ponctuels peuvent accélérer ces dynamiques, mais ils n’en constituent pas la cause profonde. Les véritables moteurs sont des tendances structurelles de long terme telles que le vieillissement démographique, la fragmentation géopolitique, la transition climatique, l’inflation et la numérisation. Pour les entreprises, les risques ne relèvent plus de phénomènes périphériques, mais deviennent le facteur clé des décisions stratégiques et opérationnelles.
Les dirigeants doivent apprendre à accepter que des marges plus faibles constituent parfois le prix à payer pour la continuité des activités.Koen De Leus
Pendant des années, le modèle du just-in-time a dominé les stratégies d’approvisionnement, permettant de minimiser les stocks et de maximiser l’efficacité en termes de coûts. Dans un contexte d’instabilité permanente, cette approche devient un facteur de vulnérabilité. Une perturbation des voies de transport ou une pénurie de matières premières se traduit alors immédiatement par un arrêt de la production.
C’est pourquoi les entreprises les plus conscientes des risques optent aujourd’hui pour une approche just-in-case. Celle-ci se matérialise par des stocks stratégiques, une diversification des fournisseurs et des capacités supplémentaires. Le just-in-case alourdit la structure de coûts, mais permet d’éviter des pertes de chiffre d’affaires majeures en période de crise.
La résilience ne vise pas à éviter le choc. Elle permet en revanche d’y réagir plus rapidement, d’en limiter l’ampleur et les dommages. Les dirigeants doivent apprendre à accepter que des marges plus faibles constituent parfois le prix à payer pour la continuité des activités.
De nombreuses entreprises ne disposent que d’une vision partielle de leurs chaînes d’approvisionnement.Koen De Leus
De nombreuses entreprises ne disposent que d’une vision partielle de leurs chaînes d’approvisionnement qui englobent souvent des dizaines de pays et de partenaires. C’est précisément là que réside le principal risque : de nouvelles réglementations, des sanctions ou des conflits locaux peuvent, de manière inattendue, neutraliser un maillon critique.
D’où l’importance croissante d’une analyse systématique des chaînes d’approvisionnement : où se situent les goulets d’étranglement, quels fournisseurs sont irremplaçables et quelles alternatives sont réellement envisageables ? Il ne s’agit pas d’un simple exercice opérationnel, mais d’une véritable politique stratégique. Une entreprise qui connait chaque maillon de ses chaînes d’approvisionnement peut réagir plus rapidement, renégocier ses contrats et réorienter sa production lorsque la situation l’exige.
Les entreprises qui tardent à mener cette analyse et à consentir les investissements nécessaires s’exposent à un risque de paralysie.Koen De Leus
La succession de crises depuis 2020 démontre clairement que les entreprises doivent apprendre à opérer dans un environnement où l’instabilité est devenue la norme. L’accès à des matières premières abordables, à une logistique fiable et à une main-d’œuvre suffisante ne peut plus être tenu pour acquis. Cette réalité contraint les entreprises à adopter une nouvelle manière de fonctionner incluant une transparence totale quant aux fournisseurs, l’évaluation systématique des risques par région et la planification de scénarios en cas de rupture soudaine. Cette approche nécessite des investissements en matière de données, de conformité et d’organisation, mais elle renforce significativement les chances de continuité des activités. Les entreprises qui tardent à mener cette analyse et à consentir les investissements nécessaires s’exposent au risque qu’un seul choc suffise à paralyser l’ensemble de leurs chaînes d’approvisionnement.
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