Sommaire
- La rémunération du CEO augmente souvent quand l’entreprise réalise de bons résultats
- Y compris si les bonnes performances sont imputables à des facteurs externes
- Les CEO obtenant de bons résultats sont très recherchés sur le marché de l’emploi
- Les entreprises qui embauchent un CEO chanceux en sont souvent pour leurs frais
En 2019, les CEO d’une entreprise de l’indice S&P500 ont gagné en moyenne 14 millions de dollars. C’est près de 50% de plus qu’en 2009. En comparaison, les CEO des entreprises du Bel 20 ont gagné en moyenne
1,875 million d’euros en 2018.
Les rémunérations élevées des CEO de grandes entreprises aux États-Unis relancent un vieux débat. Les uns affirment que ces salaires élevés grèvent la création de valeur actionnariale. Les autres estiment qu’une rémunération (variable) élevée contribue à inciter le CEO à mettre tout en œuvre pour améliorer la création de valeur. Le postulat est qu'il existe un lien de causalité entre ses performances et les résultats de l'entreprise. Mais ce lien de causalité existe-t-il réellement ?
L’impact de la chance
Deux chercheurs, un Allemand et un Italien, ont étudié ce qui arrive aux CEO dont l’entreprise affiche de meilleurs résultats grâce au hasard. Performances ne résultant pas de leur implication opérationnelle ou stratégique, mais de facteurs externes tels que les prix du pétrole ou l’évolution du cycle économique.
Une politique de rémunération optimale prévoirait que les CEO ne sont récompensés que pour leurs mérites. Mais l’étude démontre que ce n’est pas le cas. Il arrive fréquemment que les dirigeants reçoivent des hausses de salaire ou des bonus grâce à des circonstances favorables. Cela illustre une faille du système : les CEO chanceux sont récompensés alors qu'ils ne le méritent pas vraiment.
Plus les CEO ont été chanceux à la tête de leur précédente entreprise, plus leur salaire est élevé dans la nouvelle.Arne Maes
Recherché sur le marché du travail
Pour les CEO, le heureux hasard signifie une double chance d’obtenir une augmentation de salaire. Selon l’étude, les dirigeants dont l'entreprise se porte mieux par hasard voient leur salaire augmenter et sont recherchés sur le marché du travail. Ils sont donc plus susceptibles de quitter leur entreprise, car ils peuvent briguer une meilleure rémunération ailleurs.
Plus les CEO ont été chanceux à la tête de leur précédente entreprise, plus leur salaire est élevé dans la nouvelle. Il arrive aussi plus fréquemment qu’ils cumulent les postes de CEO et de président du conseil d’administration. Malheureusement, la chance leur tourne alors généralement le dos. Les entreprises qui ont réussi à attirer un veinard en sont souvent pour leurs frais.
CEO malchanceux
D’autres CEO ont évidemment beaucoup moins de chance : les résultats de leur entreprise baissent alors qu’ils n’y sont pour rien. On observe toutefois une évolution intéressante dans leur carrière. Quand ces dirigeants malchanceux changent d’entreprise, les résultats de cette dernière s’améliorent. Quand un CEO chanceux fait de même, les résultats baissent généralement.
Comment l’expliquer ? Les CEO chanceux se reposent probablement sur leurs lauriers et continuent de compter sur le hasard. Un tel dirigeant, à la fois coûteux et peu performant, a un impact négatif sur la valeur actionnariale. Ou peut-être n'est-ce rien d'autre qu'un retour à la moyenne, une performance meilleure que prévu étant suivie d'une performance moindre.