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Les trois chocs provoqués par le coronavirus
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27 MARS

Les trois chocs provoqués par le coronavirus

27-3-2020
Sylviane Delcuve – Senior Economist
Sylviane Delcuve Senior Economist
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Rédigé le 26-3-2020 16:07
Publié le 27-3-2020 06:07
La pandémie qui frappe le monde entier a de lourdes conséquences économiques. Choc de l’offre, de la demande et des revenus: des mesures fortes seront nécessaires pour en atténuer l’impact.
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Sommaire

  • Le coronavirus a d’abord créé une crise de l’offre de produits en provenance de Chine
  • Cette crise s’est ensuite muée en choc de la demande pour de nombreux secteurs
  • Avec l’économie mondiale quasi à l’arrêt, on assiste à un choc de revenus
  • De nombreux indépendants, commerçants, professions libérales en sont brusquement privés
  • Les gouvernements en prennent la mesure, mais cela reste difficile à chiffrer
La crise du coronavirus a d’abord été qualifiée de choc de l’offre. Les entreprises ont réalisé qu’elles allaient être affectées par la mise en quarantaine de nombreux Chinois. Elles dépendent en effet de la Chine pour un grand nombre de pièces détachées. Tant que le choc en était à ce stade, les Bourses ont fait la sourde oreille. De nouveaux records ont même été atteints avant que le virus ne se propage en Italie. Ensuite, l’économie a été confrontée à un choc de la demande. Les entreprises de secteurs comme l’automobile ont compris qu’elles allaient souffrir de la crise. C’est aussi le choc de la demande qui a fait plonger le prix du pétrole et d’autres matières premières. Bien avant que n’éclate le conflit entre Riyad et Moscou.

Choc de la demande et chute boursière

Dans un premier temps, une série d’institutions se sont contentées de revoir assez modérément à la baisse leurs prévisions de croissance. Mais le choc de la demande est allé de pair avec le début de l’épidémie en Italie. Les Bourses mondiales ont alors entamé une descente infernale. Les principaux indices ont perdu jusqu’à 40% en l’espace d’un mois. Au stade actuel, il est impossible de prévoir jusqu’où ira cette dégringolade. Il faudra attendre de bonnes nouvelles relatives au nombre de contaminations pour envisager une embellie. Si l’on se réfère à la Chine, qui a appliqué le confinement très tôt, cela prendre de nombreuses semaines.
Au stade actuel, il est impossible de prévoir jusqu’où ira la dégringolade boursière.Sylviane Delcuve

Les banques centrales en action

Le choc de la demande a déclenché une réaction rapide de nombreuses banques centrales dans le monde. Toutes celles qui en avaient la possibilité ont abaissé leurs taux directeurs. Toutes ont aussi pris des mesures visant à garantir la liquidité des entreprises, des banques et des marchés financiers. La Banque centrale européenne (BCE) a même annoncé un plan historique de 750 milliards d’euros. À ce stade, la principale conclusion est que le choc du coronavirus garantit des taux d’intérêt très bas partout. Le monde entier s’est brusquement rapproché du Japon, pays aux taux immuablement bas.

Réaliser l’ampleur du choc

Les gouvernements commencent seulement à réaliser l’ampleur du choc qui va frapper le monde entier. Avec la propagation de coronavirus en Europe et la déclaration de pandémie, une grande partie des économies sont pratiquement à l’arrêt. C’est désormais un choc des revenus qui se profile. Les principaux dirigeants européens ont pris la mesure du problème et les annonces sont arrivées rapidement. Plusieurs États se sont dit prêts à donner leur garantie pour que des entreprises puissent emprunter si et quand elles en auront besoin. En Allemagne, on parle de 500 milliards d’euros, en France de 300 milliards d’euros. À l’heure actuelle, on voit cependant mal comment ces chiffres pourraient être fiables, car c’est encore trop tôt.
Plusieurs États se sont dit prêts à donner leur garantie pour que des entreprises puissent emprunter si et quand elles en auront besoin.Sylviane Delcuve

Privés de revenus, mais pas de charges

L’urgence consiste à prévoir des revenus de remplacement pour tous ceux que la crise va directement affecter. Surtout dans les pays toujours plus nombreux à décréter des confinements comme la France, l’Italie, l’Espagne et la Belgique. Beaucoup sont directement touchés : professions libérales, restaurants, tourisme, magasins non alimentaires… Il s’agit d’une vraie urgence. Dans la majorité des cas, ces professions privées de revenus sont confrontées à de lourdes charges qui ne diminueront pas. Un commerce ou une profession libérale implique souvent une location. Il n’y a aucune raison que le propriétaire fasse cadeau du loyer à son locataire. Il en va de même pour de nombreux autres frais fixes.

Une gestion souple des finances publiques

L’État pourra permettre un report des paiements de charges fiscales et sociales, mais le reste des charges sera dû. Sans revenus, cela va devenir compliqué pour un grand nombre d’indépendants et de PME. Les gouvernements sont seuls à pouvoir atténuer ce choc en octroyant des revenus de remplacement. À ce stade, personne ne sait combien de temps le confinement durera. Il est donc trop tôt pour estimer la facture globale. Chaque pays va devoir chiffrer les montants nécessaires et aura besoin de souplesse dans la gestion de ses finances publiques. En Europe, les critères de Maastricht sont à mettre au frigo pour un bon moment. Sinon, le choc des revenus sera trop rude et les économies ne s’en remettront pas.
Chaque pays va devoir chiffrer les montants nécessaires et aura besoin de souplesse dans la gestion de ses finances publiques.Sylviane Delcuve

Atténuer le choc

Un pays a vécu un tel choc : la Grèce en 2012. En échange de l’aide internationale, elle a dû imposer des baisses drastiques de salaires et de pensions. Mais le monde entier est touché aujourd’hui. Les aides dont la Grèce a pu bénéficier sont inimaginables au niveau mondial. Le FMI s’est dit prêt à mobiliser 1.000 milliards de dollars, la BCE 750 milliards d’euros. Mais pour qui, selon quelles modalités ? Les gens brusquement privés de revenus attendent des réponses très rapides. Il faut espérer que nos efforts pour limiter la progression du virus seront récompensés rapidement. Que la vie pourra reprendre son cours. En attendant, il faudra compter sur des mesures fortes des pouvoirs publics, seuls à pouvoir agir pour atténuer le choc.

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