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Menace sur le plan anti-crise de la BCE?
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20 MAI

Menace sur le plan anti-crise de la BCE?

20-5-2020
Sylviane Delcuve – Senior Economist
Sylviane Delcuve Senior Economist
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Rédigé le 20-5-2020 13:47
Publié le 20-5-2020 13:47
La justice allemande somme la BCE de justifier les rachats de dette publique, le socle de son plan anti-crise. Un arrêt qui tombe comme un cheveu dans la soupe en pleine pandémie.
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Sommaire

  • La BCE a trois mois pour justifier son programme de rachat de dettes souveraines
  • La Cour allemande menace d’interdire à la Bundesbank d’y participer à l’avenir
  • Ni les marchés financiers ni la BCE ne se sont montrés très inquiets de cet arrêt
  • Suivre l’avis de la Cour ferait peser une lourde menace sur la reprise post-coronavirus
Dans son arrêt du 5 mai, la Cour constitutionnelle allemande somme la Banque centrale européenne (BCE) de justifier les rachats de dette publique. Ces rachats constituent le socle de son plan anti-crise depuis 2015. L’arrêt laisse trois mois à la BCE pour justifier son programme de rachat de dettes souveraines. Initié en 2015, il a été relancé pour soutenir les États membres qui s’endettent pour faire face à la pandémie. Connu sous le nom de quantitative easing (assouplissement quantitatif ou QE), ce programme visait à stimuler la reprise. Il consistait à racheter tous les mois 80 milliards d’euros d’obligations des pays de la zone euro. L’objectif était d’augmenter la quantité de monnaie en circulation et de favoriser le crédit.
L’arrêt pourrait menacer l’actuel plan de soutien de la BCE aux économies chancelantes de la zone euro.Sylviane Delcuve

Plan contre la pandémie

Au total, la BCE a injecté quelque 2.600 milliards d’euros dans l’économie européenne, ce qui a gonflé son bilan. Dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, la BCE a décidé de racheter pour plus de 1.000 milliards d’euros de dettes en 2020. Elle a prolongé son QE et mis en place un nouveau programme d'urgence contre la pandémie (PEPP) doté de 750 milliards d’euros. S’il vise le programme lancé en 2015, l’arrêt pourrait menacer l’actuel plan de soutien de la BCE aux économies chancelantes de la zone euro. Faute d’obtenir des réponses satisfaisantes, la Cour de Karlsruhe pourrait interdire à la Bundesbank de racheter des dettes souveraines. Or, la Bundesbank est un très gros contributeur (pas loin de 25% du total) aux programmes de la BCE.
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Calmer le jeu

Ni les marchés financiers ni la BCE ne se sont cependant montrés très inquiets de cet arrêt. Les premiers n’ont quasi pas bronché, la seconde s’est contentée d’annoncer une réunion de son conseil des gouverneurs pour réagir. Jens Weidmann, membre de la BCE et président de la Bundesbank, s’est même employé à calmer le jeu. Il a promis de « soutenir l'institution dans ses efforts pour répondre aux critiques de la Cour ». Quant au ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, il a laissé entendre qu'il ne se laisserait pas intimider par les remontrances judiciaires. Il a promis de faire « tout le nécessaire pour l'Europe », saluant la solidarité au sein de la zone euro.
La situation économique est nettement plus dégradée qu’à l’époque et la BCE en fait déjà beaucoup moins que la Fed américaine.Sylviane Delcuve

L’Europe à la traîne

Cinq ans après la saisine de la Cour par des citoyens allemands, cet arrêt arrive bien tard. Si la pandémie n’avait pas éclaté, on y aurait accordé peu d’attention. Et l’Europe a aujourd’hui d’autres chats à fouetter. La situation économique est nettement plus dégradée qu’à l’époque. La BCE en fait beaucoup moins que la Fed américaine qui a injecté 3.000 milliards de dollars depuis le début de la crise. Si on devait suivre l’avis de la Cour, on en ferait encore moins. Cela ferait peser une lourde menace sur la reprise post-coronavirus. Face à la violence du choc économique actuel, il n’y a pas d’autres options qu’une relance budgétaire soutenue par les banques centrales.

Une Europe trop complexe

Cet arrêt illustre une fois de plus la complexité du monde actuel. Si une leçon doit être tirée de cette crise, c’est que tout a été rendu beaucoup trop complexe. Or, pour se sortir des mauvais pas imprévisibles de la vie, le maître-mot est la simplicité. En Europe, on fait tout le contraire. Imaginons qu’on suive l’avis de la Cour de Karlsruhe. La BCE serait dorénavant obligée d’analyser en détail toutes les implications de ses prochaines décisions : assouplissements quantitatifs, baisse ou hausse des taux, etc. Cela impliquerait une longue inertie entre le moment où la décision est prise et celui où elle produira ses effets. Avec quels résultats pour l’efficacité de la politique monétaire ? On peut se poser la question…

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