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Une crise de la dette dans les pays émergents?
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28 AVR

Une crise de la dette dans les pays émergents?

28-4-2023
Sylviane Delcuve – Senior Economist
Sylviane Delcuve Senior Economist
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Rédigé le 27-4-2023 15:13
Publié le 28-4-2023 05:00
La hausse des taux d’intérêt perturbe de nombreux acteurs économiques. Moins en vue, les pays émergents font pourtant partie des principales victimes. Devons-nous craindre une crise de la dette?
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Avec la remontée des taux et le raffermissement du dollar, le remboursement des dettes est devenu beaucoup plus compliqué pour les pays émergents. Et les perspectives ne sont pas favorables à court terme. Le Fonds monétaire international (FMI) s’en inquiète. Selon ses derniers calculs, 15% des pays émergents sont au bord du défaut de paiement et la moitié sont à risque. Concrètement, ce sont près de 60 pays qui se trouvent en situation de grande fragilité. La plupart sont situés en Afrique.

La sortie d’un État d’une situation de défaut de paiement souverain est complexe, car aucune loi internationale ne régit la procédure. Contrairement aux entreprises ou aux particuliers, dont la faillite est régie légalement, rien n’est prévu pour un pays.
Impossible de connaître les montants concernés, mais ils sont colossaux.Sylviane Delcuve

Jeu d’influence

Des difficultés qui ont transparu en Argentine en 2001 et en Grèce en 2011. Une crise de la dette initie un jeu d’influence qui nécessite du doigté, de la fermeté et une entente entre les créanciers. Il faut aussi compter avec les éléments perturbateurs. Par exemple, le hedge fund américain Elliott avait obtenu le remboursement des créances de l’Argentine au bout de plusieurs années de procédure avec des méthodes parfois extrêmes.

La situation s’est compliquée depuis que la Chine est devenue un acteur important du marché des crédits aux pays émergents. Elle refuse de communiquer au FMI ou à la Banque mondiale les montants prêtés et les clauses des contrats restent secrètes. Il est ainsi impossible de connaître les montants concernés, mais ils sont colossaux.

Reporter le problème

Quasi impossible aussi de s’accorder sur une sortie de crise en cas de défaut souverain. La Chine refuse de suivre l’approche habituelle des pays occidentaux (annulation d’une partie de la dette, étalement des paiements). Elle préfère prolonger ses crédits dans le temps pour continuer à se faire payer et ne pas devoir encaisser de perte. Une récente étude de l’université d’Harvard révèle qu’entre 2000 et 2021, la Chine aurait organisé seule 128 sauvetages portant sur un encours de 240 milliards de dollars de prêts. Comment ? En les prolongeant, ce qui permet juste de reporter le problème à plus tard. Le poids de la Chine sur ce marché est d’autant plus inquiétant que la conjoncture actuelle va inévitablement engendrer plus de défauts de paiement.
Les États-Unis sont aussi un important créancier de la Zambie, mais le poids de la Chine empêche toute avancée vers une solution.Sylviane Delcuve

Risques en cascade

L’exemple vécu depuis 2020 par la Zambie illustre ce risque de blocage. Le pays a fait défaut en 2020 sur sa dette de 20 milliards de dollars, dont six milliards prêtés par la Chine. Trois ans plus tard, la situation est restée figée tandis que les impayés ont explosé. Les États-Unis sont aussi un important créancier du pays, mais cela ne change rien, le poids de la Chine empêche toute avancée vers une solution. Janet Yellen, la responsable du Trésor américain, s’en arrache les cheveux…

Tous les yeux sont actuellement tournés vers l’Ukraine, la Russie, l’Arabie saoudite ou encore l’Iran. Mais demain, des défauts souverains en cascade dans de nombreux pays émergents pourraient nous donner d’autres sueurs froides.
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