Sommaire
- L’inflation diminuera certainement à court terme en Belgique
- Elle devrait se redresser vers 1,7% d’ici fin 2020 et en 2021
- Les mesures monétaires et budgétaires peuvent soutenir la croissance et l’inflation
- Une perte de confiance des consommateurs et des entreprises freinerait l’inflation
L’économie a souffert de la crise du coronavirus au deuxième trimestre 2020. Elle devrait renouer avec la croissance, mais le redressement s’annonce partiel. Une deuxième vague importante de Covid-19 reporterait la reprise alors que le développement rapide d’un vaccin pourrait l’accélérer.
À court terme, un net ralentissement de l’inflation semble quasi certain en Belgique. Le cours du baril de pétrole oscille autour de 35 dollars, ce qui réduit l’inflation de 0,26%. La consommation intérieure est sous pression en raison des pertes de revenus et de la crainte de l’épidémie. Les entreprises ont réduit leurs investissements de 30% selon la BNB. L’inflation devrait ainsi baisser à 0,2% avant un redressement vers 1,7% en fin d’année 2020.
Désendettement
À partir de 2022, les perspectives sont moins claires. L’impact combiné des mesures monétaires et budgétaires peut faire exploser la demande. Surtout en cas de vaccination et de normalisation de l’économie. Aux États-Unis, le plan de relance budgétaire en cours de négociation pourrait représenter 20% du PIB. En comparaison, la contraction attendue de l’économie n’est « que » de 5% à 7%.
L’accumulation de dettes publiques incitera les banquiers centraux à temporiser toute remontée des taux. Le risque de surchauffe de l’économie, et donc d’accélération de l’inflation, serait alors réel. Une inflation soutenue (de 3% à 5%) serait même accueillie favorablement par les banquiers centraux, car elle permettrait d’alléger la dette publique.
Distanciation sociale
D’autres facteurs peuvent alimenter l’inflation. Tant qu’un vaccin n’est pas disponible, les mesures de distanciation sociale peuvent faire monter les prix dans certains secteurs.
Les restaurants qui ont dû réduire leur capacité de 30% à 50% devront augmenter leurs prix pour rester rentables.
Dans le secteur aérien, une distanciation stricte de 1,5 mètre ferait chuter le taux de remplissage maximum des avions à 62%. L’IATA, l'Association internationale du transport aérien, estime que les compagnies devraient augmenter le prix des billets de 50% en moyenne pour couvrir leurs coûts.
La crise du coronavirus a renforcé le mouvement de démondialisation déjà visible ces dernières années.Koen De Leus
Relocalisation
La globalisation a contribué à freiner l’inflation au cours des dernières décennies. La concurrence mondiale sur le marché du travail a fait pression sur les prix et les salaires. La crise du coronavirus a renforcé le mouvement de démondialisation déjà visible ces dernières années. Les entreprises revoient leurs chaînes d’approvisionnement. Dans la perspective du coronavirus, mais aussi des futures perturbations possibles liées au changement climatique. Même si la relocation demeure limitée, la diversification des sources d’approvisionnement et des fournisseurs engendrera des surcoûts.
Démographie
L’évolution démographique est également de plus en plus inflationniste. Depuis les années 70 jusqu’il y a peu, le support ratio n’a cessé de progresser. Ce ratio compare la population active par rapport au nombre total de consommateurs. Quand il monte, cela signifie que la population active augmente plus rapidement. L’offre progresse donc plus vite que la demande, ce qui tend à limiter la hausse des prix. La tendance s’est toutefois inversée aux environs de 2015. Depuis, le nombre de consommateurs croit plus rapidement que les actifs, notamment en raison du vieillissement de la population. L’évolution de la demande dépasse donc l’offre, ce qui soutient l’inflation.
Scénario japonais
Tous ces éléments suggèrent un renversement de tendance et une accélération de l’inflation à partir de 2022. Cela dépendra toutefois des « esprits animaux » que John Maynard Keynes décrivait comme les instincts et émotions influençant le comportement humain. Retrouverons-nous le courage d’à nouveau consommer et emprunter plutôt qu’épargner ? Les entreprises retrouveront-elles foi en l’avenir pour oser investir ? Dans l’affirmative, une accélération de l’inflation apparaît probable. Dans le cas contraire, notre économie pourrait traverser une longue période de faible inflation comme le Japon. Les gouvernements surendettés craignent bien plus ce deuxième scénario sans inflation pour alléger le poids de leurs dettes.