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«America First», prélude à «America Alone»?
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30 AVR

«America First», prélude à «America Alone»?

30-4-2025
Koen De Leus – Chief Economist
Koen De Leus Chief Economist
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Rédigé le 29-4-2025 15:25
Publié le 30-4-2025 05:00
La politique commerciale américaine évolue d’une logique de coopération vers une diplomatie coercitive. Le reste du monde doit dès lors poser les bases d’un nouvel ordre économique international.
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La politique America First initiée par Donald Trump durant son premier mandat, et poursuivie dans son essence par Joe Biden, menace le système de libre-échange développé durant l’après-guerre. Les États-Unis n’utilisent plus leur puissance militaire et économique pour soutenir un ordre multilatéral, mais s’en servent comme levier de pression.

Les vastes droits de douane annoncés en avril ne visent ainsi plus seulement la Chine, mais ont des répercussions mondiales. Cette politique sape les principes de la coopération internationale et a pour objectif final de maximiser les profits pour les États-Unis.

Sur le plan intérieur, la stratégie se révèle contradictoire. Les subventions pour les technologies propres sont réduites et les universités sont prises pour cible, ce qui soulève des interrogations sur les véritables intentions en matière de réindustrialisation.

Une diplomatie coercitive

La stratégie commerciale américaine de Donald Trump comporte indéniablement des éléments de chantage économique. Non seulement les échanges commerciaux, mais aussi l’aide stratégique et l’accès aux technologies sont désormais conditionnés à des exigences géopolitiques. Le soutien militaire à l’Ukraine est ainsi suspendu à un accès aux terres rares du pays. En République démocratique du Congo, le soutien au gouvernement de Kinshasa est octroyé en échange d’un meilleur contrôle des ressources naturelles.

Cette approche érode les alliances traditionnelles. Que se passera-t-il si, demain, les États-Unis utilisent leur position dominante dans le système financier mondial pour transformer le réseau SWIFT en arme géopolitique contre ses anciens alliés ?

La mondialisation a contribué à la prospérité des États-Unis. Mais l’absence de filets de sécurité sociale a alimenté une opposition croissante.Koen De Leus

La fin de la mondialisation ?

La politique actuelle des États-Unis pourrait sérieusement compromettre le processus de mondialisation qui a pourtant largement contribué à la prospérité des États-Unis. Selon une étude du Peterson Institute for International Economics (PIIE), le développement du commerce international depuis 1950 a représenté en moyenne un gain de 18.131 dollars par ménage américain.

Cependant, l’absence de filets de sécurité sociale a alimenté une opposition croissante. Tandis qu’en Europe, les travailleurs sont mieux accompagnés lors des transitions économiques, aux États-Unis, les perdants de la mondialisation ont été laissés à leur propre sort.

Ces frustrations sont à l’origine des réflexes protectionnistes actuels. Les droits de douane ne sont plus utilisés comme levier de négociation, mais comme des piliers structurels d’un nouveau système commercial qui rompt avec des décennies de libéralisation et de mondialisation.

Les pays qui se laissent tenter par des accords bilatéraux avec les États-Unis légitiment le modèle de coercition américain.Koen De Leus

Réaction internationale et perspectives

Le reste du monde se trouve à la croisée des chemins. Les pays qui se laissent tenter par des accords bilatéraux avec les États-Unis légitiment le modèle de coercition américain. Seule une réponse coordonnée, comme les échanges entre le Premier ministre chinois Li Qiang et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, peut offrir un contrepoids. La Chine et l’Union européenne doivent continuer à jouer un rôle de premier plan. Un engagement commun en faveur de routes commerciales ordonnées et de conditions d’échange mutuellement avantageuses est essentiel. De même qu’éviter les situations de dumping.

Même si cela ne sera pas facile, il est possible de maintenir l’ordre économique mondial sans les États-Unis. Un bloc uni de pays pourrait faire la différence et limiter les dégâts. Dans ce scénario, America First deviendrait inévitablement America Alone.

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