Sommaire
- On s’habitue à tout
- La force de l’histoire
- Quo vadis, Royaume-Uni ?
- La quatrième fois est la bonne
- Favorable au marché ?
- Investir dans le « new normal »
On s’habitue à tout
Un président américain qui inonde Twitter de messages comme si la politique était un reality show. Un Brexit aux rebondissements plus nombreux que l’intrigue d’un roman de Dan Brown. Et pendant ce temps, les banquiers centraux poussent leurs expérimentations monétaires de plus en plus loin, tandis que les adeptes de la New Monetary Theory (NMT), qui éveillent de plus en plus l’intérêt des décideurs politiques, estiment que tout ça ne va pas encore assez vite ni assez loin. Nous nous retrouvons peu à peu confrontés à une nouvelle logique, à moins que la logique n’ait justement entièrement disparu. Mais comme tout évolue progressivement, pas à pas, nous avons l’impression qu’il n’en a jamais été autrement et que tout ce que nous voyons autour de nous est entièrement normal. "The new normal", en quelque sorte.
La force de l’histoire
Robert Shiller, auteur notamment de "L’Exubérance irrationnelle", parle dans son nouvel ouvrage intitulé "Narrative Economics" d’idées qui déferlent sur le monde à la manière d’épidémies. Ces idées et le changement qu’elles véhiculent modifient non seulement la perception de la réalité, mais aussi la réalité elle-même. Quel était le raisonnement suivi par les décideurs politiques lorsqu’ils ont pris les décisions qui nous ont amenés au point où nous en sommes aujourd’hui ? Cela dit, Monsieur Tout-le-Monde, les électeurs et les dirigeants d’entreprise influencent eux aussi ce processus… Quelles sont les histoires, les idées, qui mettent en mouvement les ailes du moulin de l’Histoire ?
Il m'est arrivé parfois, avant même l'heure du petit déjeuner, de croire jusqu'à six choses impossibles. (Lewis Carroll)Philippe Gijsels
Quo vadis, Royaume-Uni ?
D’une part, il y a la vision d’une Europe unifiée, et de l’autre, la volonté inébranlable du Royaume-Uni de pouvoir déterminer individuellement son avenir. Mais il y a aussi la vision du Royaume-Uni comme un seul pays, alors que les Nord-Irlandais et les Ecossais ne voient pas nécessairement les choses de la même manière, ont leur propre identité et aimeraient bien garder un pied – et de préférence les deux – en Europe. Et c’est là que l’affaire se corse. C’est là que l’on ne sait plus si l’histoire tient davantage de "Beaucoup de bruit pour rien" ou de "En attendant Godot". En tout cas, son intrigue nous tient en haleine depuis trois ans et demi… Mais plus le temps passe, plus on se rapproche d’un dénouement, quel qu’il soit. Même au Pays des Merveilles, cette histoire ne saurait durer éternellement. Et il viendra bien un moment où Godot fera son entrée. Peut-être est-il même déjà là, et sommes-nous plus près d’une solution pour le Brexit que nous ne le pensons…
La quatrième fois est la bonne
Au 4ème essai, cela a finalement réussi : de nouvelles élections sont prévues au 12 décembre. En conséquence, il reste désormais 2 scénarios possibles : soit Boris Johnson sort gagnant de ce scrutin, auquel cas il tentera à nouveau de faire ratifier son accord, peut-être cette fois avec une majorité plus large. Soit la victoire va au parti travailliste et il n’est alors pas impensable qu’un nouveau référendum soit organisé et que l’idée même du Brexit soit abandonnée. L’essentiel pour les marchés financiers, c’est que le scénario d’un Brexit "dur" s’assortit quant à lui d’une très faible probabilité et n’emporte absolument pas la préférence d’une majorité au Royaume-Uni. C’est un peu comme Alice qui arpente le labyrinthe en tous sens pour se retrouver invariablement devant le château de la Reine de Cœur.
Favorable au marché ?
Pour ainsi dire tous ces scénarios sont favorables pour les marchés, et c’est d’emblée ce qui explique que tant le marché actions que la livre sterling ont fait preuve d’une remarquable stabilité pendant toute la période dominée par l’incertitude, sans écouter le Lièvre de mars qui criait à tue-tête qu’il était en retard pour le thé. Et il ne faut même pas croire en six choses impossibles avant le petit-déjeuner pour réaliser qu’Alice se réveillera dans un futur pas trop lointain et que toute la saga du Brexit appartiendra alors au passé, prête à entrer dans les livres d’histoire.
Investir dans le « new normal »
Mais même alors, nous devrons continuer à investir dans un monde régi par ces nouvelles normes. Nous devrons encore dénicher du rendement de plus en plus difficile à trouver, d’autant que les liquidités sont de moins en moins une option par les taux d’intérêt réels négatifs qui courent. Nous devrons affronter une volatilité supérieure à la moyenne pour obtenir un rendement inférieur à la moyenne. Nous devrons nous demander à quel point la prochaine récession nous guette, ou quel secteur sera le prochain à se retrouver en difficulté. Mais même alors, il y aura comme toujours aussi de fantastiques opportunités. Et au moins une source d’irritation et d’incertitude aura disparu. Il viendra même un moment où nous devrons réfléchir profondément pour nous rappeler le contexte exact de toute la saga du Brexit. Imagine…