Sommaire
- L’Iran et les Etats-Unis avancent prudemment, mais il reste du pain sur la planche.
- La question du détroit d’Ormuz reste à la fois tactiquement incertaine et stratégiquement déterminante.
- A présent que l’on entame les réserves pétrolières, les limites se profilent à l’horizon.
- Les marchés font preuve de maîtrise, avec des phrasés différents.
- Les actifs risqués requièrent une approche plus sélective.
Pas une composition finalisée
Par l’entremise du Pakistan, l’Iran a réagi à la proposition de paix américaine, même si l’ensemble reste jusqu’ici plutôt décousu. Tous les détails ne sont pas encore connus, mais selon des sources iraniennes, la réponse de l’Iran inclurait des propositions visant à mettre fin à la guerre et à garantir la sécurité dans le détroit d’Ormuz. Dimanche, cette perspective a alimenté un optimisme prudent, mais Trump n’était pas content du tout.
Cet espoir reste cependant fragile. De nouveaux échanges de tirs en mer et des attaques de drones dans la région du Golfe menacent le cessez-le-feu toujours instable. Dans le même temps, quelques navires ont été autorisés à emprunter le détroit d’Ormuz avec la bénédiction de l’Iran. Les efforts diplomatiques et le risque d’escalade dansent toujours sur la corde raide…
Washington semble pour l’instant accorder davantage d’importance à la réouverture du détroit d’Ormuz qu’à une résolution immédiate du dossier nucléaire. Téhéran s’efforce également de désamorcer la situation. Israël reste sur ses positions et insiste sur le fait que le démantèlement de la capacité d’enrichissement d’uranium de l’Iran demeure une condition sine qua non.
L’énergie détermine l’harmonie… ou son absence
Pour l’économie mondiale, l’attention se reporte des prix du pétrole à l’évolution des stocks. Depuis la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, les réserves pétrolières stratégiques et commerciales sont utilisées à un rythme accéléré, et déjà on se rapproche selon certaines mises en garde du niveau minimal de stockage opérationnel du système pétrolier mondial.
Même en cas de réouverture du détroit d’Ormuz, la normalisation prendra du temps. La production et les chaînes logistiques ne se rétablissent pas automatiquement, de sorte que l’énergie continuera à induire un risque d’inflation même après un accord de paix.
Cette situation complique la politique monétaire. Les prix plus élevés de l’énergie, les pénuries physiques et les problèmes logistiques forment ensemble un choc de l’offre qui affecte principalement l’Europe à cause de sa dépendance énergétique. Cela dit, les Etats-Unis utilisent eux aussi une part croissante de leurs réserves pour approvisionner le marché mondial.
Les marchés ne jouent pas à l’unisson
Cette semaine, les marchés financiers ont fait preuve de maîtrise, mais pas d’unanimité. Les actions, les obligations et les devises ont réagi chacune à sa manière à l’actualité géopolitique. Le risque est pris en compte dans les cours, mais les marchés semblent encore croire en l’éventualité d’une désescalade contrôlable.
Au-delà de ce calme apparent, de nettes divergences se dessinent. Les actions technologiques américaines se sont montrées relativement performantes, tandis que les marchés européens étaient davantage sous pression, notamment en raison de leur plus grande sensibilité aux prix de l’énergie et de l’environnement macroéconomique moins résilient.
Les valeurs des segments plus risqués sont sanctionnées plus rapidement. La perte trimestrielle abyssale essuyée par Trump Media & Technology Group, due principalement aux moins-values sur des cryptomonnaies, illustre à quel point les valorisations deviennent vulnérables une fois que la confiance à l’égard du scénario sous-jacent se perd.
Sans bravoure
Entre sa dépendance et son positionnement, l’Europe est de plus en plus prise entre deux feux. L’énergie, les relations commerciales et le contexte géopolitique font apparaître des vulnérabilités structurelles qui font que les marchés sont moins enclins à accorder le bénéfice du doute à l’Europe qu’aux Etats-Unis. Dans le même temps, du fait qu’elle repose davantage sur la continuité institutionnelle que sur de vigoureux élans de croissance, l’Europe est plus souvent perçue comme un facteur de stabilité relative dans l’ordre mondial fragmenté que nous connaissons.
L’intervention explicite du premier ministre canadien Mark Carney lors du Sommet de la Communauté politique européenne s’inscrit dans ce contexte. Premier chef d’Etat non européen à y avoir été convié, il a combiné habilement une bravoure affirmée et un réalisme pragmatique, soulignant que les pays doivent agir en fonction du monde tel qu’il est, et non comme ils voudraient qu’il soit. Il s’est exprimé au sujet du rôle et du potentiel de l’Europe avec davantage de conviction que n’en fait parfois preuve l’Europe elle-même, et il a joint à ces paroles un engagement. Ce discours ne se voulait pas un catalyseur pour le marché, mais un rappel que la stabilité ne prend vraiment tout son sens que lorsqu’elle est prônée avec constance et confiance, deux domaines dans lesquels l’Europe a encore des progrès à faire…
Envisager des registres plus graves
La semaine qui vient de s’achever nous a apporté la preuve que l’incertitude ne disparaît pas, mais est désormais perçue différemment. Comme au violoncelle, une partition complexe requiert non pas du volume, mais de la maîtrise, un bon timing et de la virtuosité. Pour les marchés, on parlerait de dosage, de sélectivité et de patience. Tout comme il n’est pas nécessaire d’appuyer chaque note, un thème ne nécessite pas forcément une action immédiate. A plus long terme, on arrive plus loin en maintenant le cap et en attendant que les choix posés produisent leurs effets qu’en réagissant à tous les stimulants.
Chiffres clés du 4/5/2026 au 8/5/2026
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| Index |
Clôture |
+/- |
Depuis début 2026 |
| Belgique: Bel-20 |
5463,32 |
2,07% |
7,58% |
| Europe: Stoxx Europe 600 |
612,14 |
0,10% |
3,37% |
| USA: S&P 500 |
7398,93 |
2,33% |
8,08% |
| Japon: Nikkei |
62713,65 |
3,59% |
24,58% |
| Chine: Shangai Composite |
4179,95 |
2,48% |
5,32% |
| Hongkong: Hang Seng |
26393,71 |
2,39% |
2,98% |
| Euro/dollar |
1,18 |
0,06% |
0,26% |
| Brent pétrole |
101,27 |
-14,37% |
65,07% |
| Or |
4710,10 |
3,10% |
9,34% |
| Taux belge à 10 ans |
3,54 |
|
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| Taux allemand à 10 ans |
3,00 |
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| Taux américain à 10 ans |
4,37 |
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