Sommaire
- L’énergie donne à nouveau le ton.
- Les dépêches au sujet des offensives, des perturbations et de la protection du détroit d’Ormuz se succèdent à la vitesse de l’éclair.
- Les pipelines alternatifs procurent un peu de soulagement mais ne compensent qu’en partie le blocage du détroit d’Ormuz.
- L’inflation et les taux d’intérêt restent un exercice d’équilibre périlleux pour les investisseurs et les banques centrales.
- Dans ce contexte, l’attention se reporte sur la qualité.
Le prix du pétrole fait la pluie et le beau temps
Cette semaine, les marchés sont restés sous l’emprise des tensions au Moyen-Orient, où le blocage (partiel) du détroit d’Ormuz s’est traduit par des fluctuations du prix du pétrole et une volatilité accrue. La situation a encore empiré ce week-end avec des frappes américaines contre l’île de Kharg, un hub stratégique pour les exportations pétrolières iraniennes. Voilà qui explique d’emblée la réaction violente des investisseurs, qui ne s’inquiètent désormais plus seulement de la rhétorique menaçante des parties prenantes, mais aussi de la réelle vulnérabilité des flux physiques d’énergie.
Dans l’intervalle, les pays du Golfe cherchent des "voies alternatives" pour exporter leur pétrole. De fait, il existe des pipelines permettant de contourner le détroit d’Ormuz – comme l’oléoduc Est-Ouest en Arabie Saoudite et l’oléoduc d’Abu Dhabi menant au port de Fujairah – mais leur capacité totale ne permet d’acheminer qu’une partie des volumes habituellement transportés par la voie maritime. Autrement dit, même en le contournant au maximum, le détroit d’Ormuz reste un goulet d’étranglement structurel pour les flux d’énergie mondiaux. Quant à la libération annoncée des réserves stratégiques, elle permettra tout au plus d’atténuer temporairement la pression, mais pas de résoudre fondamentalement la perturbation du transport pétrolier. Et bien que Washington appelle ses alliés – et même d’autres pays qui n’en font pas partie, comme la Chine – à contribuer à la protection du détroit, rien ne garantit qu’il en résultera une action concrète et coordonnée.
Il reste crucial de nuancer la situation : en dépit des incidents, certains navires-citernes semblent tout de même encore parvenir à se frayer un passage, notamment à destination de l’Inde. Cela prouve que le blocage n’est pas total, mais aussi longtemps que le passage ne sera pas garanti, l’incertitude continuera à déterminer à la fois les prix du pétrole et le sentiment du marché au sens large.
L’inflation réduit la probabilité de nouveaux abaissements des taux
La semaine dernière, les statistiques publiées aux Etats-Unis, en Europe et en Chine au sujet de l’inflation ont à nouveau retenu l’attention. Aux Etats-Unis, l’inflation sous-jacente a plus ou moins rencontré les attentes, même si la hausse des prix de l’énergie est susceptible de freiner la désinflation une fois qu’elle se répercutera sur les coûts du transport et de la production. La question qui se pose reste donc de savoir de quelle marge de manœuvre la Fed dispose encore pour procéder cette année à de nouveaux abaissements des taux.
La Chine a fait état pour sa part de hausses des prix modérées, qui soutiennent la croissance et offrent en même temps une certaine marge de manœuvre. A l’échelle mondiale, les PMI continuent à laisser présager une activité proche de la moyenne à long terme, même si la région du Golfe demeure une source indéniable d’incertitude. Théoriquement, un enlisement prolongé du conflit – qui, précisons-le, ne constitue pas notre scénario de base – pourrait même conduire à une situation de stagflation, c’est-à-dire une pression inflationniste persistante combinée à un ralentissement de la croissance et à une hausse du taux de chômage. Autrement dit, un scénario redoutablement complexe pour les banques centrales…
Après l’ascension, le repli
Les marchés des actions ont levé le pied après un début d’année sur les chapeaux de roue. Les indices américains ont perdu quelques pour cent, révélant une pression qui se fait surtout sentir parmi le complexe technologique, l’industrie et les valeurs financières, tandis que les secteurs défensifs se montrent un peu plus résilients. Le repli était plus prononcé en Europe et sur les marchés émergents, ce qu’il convient d’attribuer à la plus grande sensibilité de ces régions aux prix de l’énergie et aux taux de change.
Malgré tout, la plupart des indices influents se maintiennent à moyen terme aux alentours de leurs records, ce qui laisse à penser que les investisseurs voient surtout la dynamique actuelle comme une phase d’incertitude accrue, et non comme une rupture structurelle dans la conjoncture économique. Et comme souvent, les corrections, même si elles sont rarement confortables, offrent des opportunités de revoir ses listes d’achats en les recentrant sur la qualité.
Cap sur les alternatives
Si les tensions géopolitiques font évoluer les prévisions d’inflation en direction de 2,75-3%, les actions et les obligations évolueront selon une corrélation positive. Dans un tel cas de figure, la répartition 60/40 classique du portefeuille perd une partie de son effet protecteur puisque les deux composantes sont susceptibles de connaître un repli simultané. De ce fait, les stratégies alternatives gagnent en importance.
Une première catégorie est celle des "alternatives liquides", comme les stratégies "long short". A l’inverse des placements à long terme traditionnels, qui suivent avant tout la direction du marché, les stratégies "long short" s’efforcent de puiser du rendement dans les écarts entre les actions individuelles. Ces stratégies combinent des positions (longues) dans des entreprises dans lesquelles elles entrevoient davantage de potentiel à des positions (courtes) misant sur une faiblesse relative ailleurs. De ce fait, ces stratégies sont beaucoup moins tributaires du climat général du marché.
Après les variantes plus liquides, l’attention se reporte aussi sur les "alternatives illiquides", comme les actifs privés et notamment le crédit privé. Ce segment est également revenu au cœur des débats la semaine dernière dans le sillage d’analyses américaines évoquant une multiplication potentielle des défauts de paiement dans les secteurs plus sensibles aux disruptions technologiques, et des amortissements annoncés par quelques banques, pour la plupart américaines. Là encore, il reste crucial de nuancer car le crédit privé est une classe d’actifs particulièrement hétérogène. Si certains créneaux aux Etats-Unis semblent plus vulnérables, l’Europe connaît en effet généralement une diversification plus large ainsi qu’une structure et une réglementation plus rigoureuses.
Ce qui ne se voit pas d’emblée compte également
Le contexte géopolitique et l’énergie ont à nouveau déterminé le sentiment la semaine dernière. Cela entretient certes la nervosité du marché, mais cela ne modifie provisoirement pas fondamentalement les perspectives à long terme. Nous maintenons notre scénario de base selon lequel nous sommes ici en présence d’une situation temporaire, même si "temporaire" pourrait cette fois désigner une période plus longue que certains tweets ne le laissent à penser.
Précisément pour cette raison, la discipline, la diversification et la qualité restent les clés du succès dans des périodes comme celle que nous traversons, en prenant le temps de construire le portefeuille de manière sélective, progressivement et sans précipitation. Et comme l’a illustré le débat public chez nous cette semaine, ce qui est visible et mesurable ne reflète jamais toute la réalité. Ce raisonnement vaut pour les investissements également : souvent, ce sont justement les choix plus anodins – la cohérence, la diversification, le sang-froid – qui font toute la différence dans les moments difficiles.
Chiffres clés du 9/3/2026 au 13/3/2026
|
| Index |
Clôture |
+/- |
Depuis début 2026 |
| Belgique: Bel-20 |
5109,48 |
-1,65% |
0,61% |
| Europe: Stoxx Europe 600 |
595,85 |
-0,47% |
0,62% |
| USA: S&P 500 |
6632,19 |
-1,60% |
-3,12% |
| Japon: Nikkei |
53819,61 |
-3,24% |
6,91% |
| Chine: Shangai Composite |
4095,45 |
-0,70% |
3,19% |
| Hongkong: Hang Seng |
25465,60 |
-1,13% |
-0,64% |
| Euro/dollar |
1,14 |
-1,16% |
-2,56% |
| Brent pétrole |
103,00 |
7,58% |
67,89% |
| Or |
5082,85 |
-0,10% |
17,99% |
| Taux belge à 10 ans |
3,54 |
|
|
| Taux allemand à 10 ans |
2,96 |
|
|
| Taux américain à 10 ans |
4,28 |
|
|