Sommaire
- Une étude du FMI chiffre l’ampleur des investissements fantômes dans le monde
- Ils représentent 38% des investissements directs étrangers ou 15.000 milliards de dollars
- Ces investissements n’ont d’autre utilité que d’éluder l’impôt dans leur pays d’origine
- Près de la moitié prennent la direction du Luxembourg et de l’Irlande
Selon une
étude du FMI et de l’Université de Copenhague, 38% des investissements directs à l’étranger sont des investissements fantômes. Cela représente 15.000 milliards de dollars investis uniquement pour éluder l’impôt, sans but productif. Une étude choc à l’heure où les gouvernements tentent de faire payer davantage d’impôts aux multinationales, GAFA en tête.
Pour bien comprendre de quoi il s’agit, rappelons la définition d’un investissement direct étranger (IDE). Il s’agit d’un investissement financier à l’étranger effectué entre des firmes qui appartiennent au même groupe. En 2017, les IDE totalisaient environ 40.000 milliards de dollars dans le monde.
Une étude choc à l’heure où les gouvernements tentent de faire payer davantage d’impôts aux multinationales, GAFA en tête.
Le Luxembourg au niveau des États-Unis
Selon l’étude, près de 40% de ce total constitue des investissements fantômes. Ces fonds ne sont que déplacés dans des véhicules particuliers (Special Purpose Vehicule ou SPV). L’unique finalité est d’éluder l’impôt dans le pays d’origine en déplaçant les fonds où la fiscalité est plus attractive.
Près de 50% de ces investissements fantômes sont basés au Luxembourg et aux Pays-Bas. On retrouve le reste en Suisse, en Irlande et dans une multitude de territoires qui dépendent de la Couronne britannique. Avec 4.000 milliards de dollars d’IDE, le Luxembourg en reçoit autant que les États-Unis et bien plus que la Chine. Cela revient à 6,6 millions de dollars d’investissements par habitant…
2/3 des capitaux entrants en Irlande
Plus de deux tiers des flux de capitaux entrants en Irlande sont le fruit de ces pratiques de minimisation de l’impôt. Prenons le cas d’Apple. Le groupe ne produit pas le moindre iPhone en Irlande, mais y a réalisé un investissement fantôme colossal via Apple Ireland.
Les gouvernements ont pris des mesures pour empêcher les entreprises de dissimuler leurs bénéfices dans ce genre de paradis fiscal. Mais sans succès. L’étude montre même que les capitaux fantômes représentent un pourcentage de plus en plus important dans le total des IDE. Entre 2010 et 2017, leur part dans le total est passée de 31% à 38%.
La route sera encore longue et passera par davantage de dialogue entre les pays et une volonté de coopération internationale.Sylviane Delcuve
Dialogue et coopération internationale
Ce qui est inquiétant, c’est donc l’ampleur du phénomène. Les investissements fantômes représentent aujourd’hui autant que le produit intérieur brut combiné de la Chine et de l’Allemagne ! On comprend mieux pourquoi lutter efficacement contre ce système devient petit à petit une vraie priorité dans le monde.
Le FMI avance depuis quelque temps des pistes de réflexion sur une réforme indispensable de la fiscalité internationale. La route sera cependant encore longue. Elle passera par davantage de dialogue entre les pays et une volonté de coopération internationale. Pas sûr que tout le monde appréciera…