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Le modèle allemand pour enrayer l’inflation
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22 AVR

Le modèle allemand pour enrayer l’inflation

22-4-2022
Koen De Leus – Chief Economist
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Rédigé le 20-4-2022 14:09
Publié le 22-4-2022 05:09
À la fin des années 1960 et dans les années 1970, la Bundesbank était parvenue à contenir l'inflation. Pouvons-nous appliquer la même stratégie aujourd'hui et quel est son élément clé?
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Sommaire

  • L’Allemagne de l’Ouest a évité un emballement de l’inflation dans les années 70
  • La Bundesbank avait notamment maintenu les taux à un niveau élevé
  • Il semble tentant d’appliquer la même stratégie pour freiner l’inflation aujourd’hui
  • Mais des relèvements de taux ont aussi des inconvénients
  • De plus, un autre facteur avait permis à la RDA d’éviter une envolée des prix
Otmar Issing, ancien Économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE), a vertement critiqué la stratégie européenne de lutte contre l’inflation. Dans une interview pour le Financial Times, il a estimé que la BCE vivait dans un « monde imaginaire ». Selon lui, l’institution contribue à nous mener vers une stagflation.

Les mots de l’économiste de 86 ans retiennent tout particulièrement l’attention. Primo, Otmar Issing estime que l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire. Deuxio, la BCE a vraisemblablement injecté trop de capitaux dans l’économie. Tertio, l’Allemagne de l’Ouest a mieux résisté que le reste de l’Europe à la spirale inflationniste dans les années 70. Tout particulièrement parce que la Bundesbank a maintenu les taux à un niveau élevé.

Mais est-ce aussi simple ?
L’Allemagne de l’Ouest était parvenue à maintenir les perspectives d’inflation à un niveau réduit en évitant surtout une spirale prix-salaires.

Taux et inflation

Otmar Issing note que la BCE risque de perdre le contrôle de l’inflation en tardant à agir. Mais nous devons faire une distinction claire entre la situation en Europe et aux États-Unis.

Outre-Atlantique, les perspectives d’inflation sont alimentées par la hausse des salaires. En Europe, l’inflation est surtout importée. Aux États-Unis, il est question de surchauffe économique, en Europe, non.

Dans les années 60 et 70, la Bundesbank avait maintenu les taux à un niveau élevé afin de soutenir le deutschemark et de freiner les prix des produits importés.

Aujourd’hui, la situation est complétement différente. L’euro est plutôt fébrile et les prix des importations alimentent l’inflation. Toutefois, il y a des raisons de croire qu’un autre facteur que les taux a permis de contenir les prix à l’époque en Allemagne de l’Ouest.

Le pays était parvenu à maintenir les perspectives d’inflation à un niveau réduit en évitant surtout une spirale prix-salaires.

Spirale prix-salaires

La forte inflation des années 70 en Europe était surtout la conséquence d’un emballement incontrôlé des prix et des salaires. Mais en Allemagne de l’Ouest, les pressions sur le marché du travail et les salaires étaient beaucoup plus faibles que dans d’autres pays.

Cela transparaît notamment à travers le nombre de jours de grève pour 1.000 salariés : proche de zéro en 1967 en Allemagne de l’Ouest contre jusqu’à 800 en Italie ou en Espagne.

Conclusion : il serait inopportun de simplement dupliquer le modèle allemand des années 70 en relevant les taux. L’organisation du marché allemand du travail, où les augmentations de salaire doivent être négociées, n'est d'ailleurs pas comparable au système belge. Chez nous, il n’est pas question de négociations, les salaires étaient indexés automatiquement.

Ces différences entre les pays expliquent aussi le grand écart de la BCE. Après les crises précédentes, la banque centrale a relevé ses taux trop rapidement. Espérons que cela ne soit pas le cas cette fois, car les conséquences pour l'économie pourraient être désastreuses.

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