Sommaire
- Joe Biden veut injecter 1.900 milliards de dollars dans l’économie américaine
- C’est beaucoup trop et engendrera de l’inflation selon l’économiste Lawrence Summers
- Selon son collègue Paul Krugman, ce plan est par contre plus que nécessaire
- Il est possible que l’inflation accélère, mais ce n’est pas du tout un problème
Récemment, un
débat a été organisé entre Lawrence Summers et Paul Krugman. Ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Lawrence Summers est professeur et a été ministre des Finances de Bill Clinton. Paul Krugman est connu comme lauréat du Nobel, professeur et éditorialiste. Ils ont débattu sur les 1.900 milliards de dollars que Joe Biden veut dépenser pour contrer l’impact de la crise du coronavirus.
Lawrence Summers juge le montant bien trop élevé et redoute une accélération de l’inflation. Il craint aussi que ce plan limite la capacité d’investissement dans les prochaines années. Paul Krugman n’est pas du même avis. Il estime que le plan n’est pas assez ambitieux et ne partage pas les craintes de son collègue concernant l’inflation.
Trop ?
Les critiques de Lawrence Summers peuvent être scindées en un volet économique et un politique. Au niveau économique, il craint que le montant de 1.900 milliards de dollars soit trop élevé par rapport au niveau de production actuel et au potentiel de production. Des injections trop massives risqueraient d’entraîner une accélération de l’inflation.
Lawrence Summers estime que l’économie pourrait se normaliser d’ici l’été avec des soutiens bien moindres.
Par ailleurs, il redoute que si les États-Unis dépensent trop maintenant, les autorités seront moins enclines à consentir les investissements nécessaires dans les infrastructures et l’action climatique. Ces derniers constituent pourtant la base du slogan Build Back Better de Joe Biden.
Les investissements dans les infrastructures sont plus que nécessaires pour l’économie américaine.Koen De Leus
Ou pas assez ?
Paul Krugman n’est pas du même avis. Il scinde le plan de relance de Joe Biden en trois parties.
- Une première partie englobe les investissements dans les services publics comme les soins de santé et les écoles, ce qui n’engendre pas d’inflation.
- Pas plus que les fonds destinés à verser des revenus de remplacement.
- La troisième partie est constituée des chèques de 1.400 dollars par personne. Tant que les Américains ne les dépensent pas massivement et rapidement, l’impact sur l’inflation restera limité.
Finalement, Paul Krugman estime que la crainte de Lawrence Summers d’une paralysie politique est infondée. Les investissements dans les infrastructures sont plus que nécessaires pour l’économie américaine.
Historiquement, l’inflation n’atteint son plancher que 12 à 18 mois après le début de la récession.Koen De Leus
Inflation ou pas ?
L’opinion de Paul Krugman est la plus convaincante. Historiquement, l’inflation n’atteint son plancher que 12 à 18 mois après le début de la récession. Il n’est donc pas encore question d’accélération structurelle. Un rebond temporaire est certes possible en raison de problèmes d’approvisionnement, du coût des matières premières et d’autres phénomènes.
Cela explique d’ailleurs que les perspectives d’inflation et les taux d’intérêt progressent actuellement. Mais c’est à la Réserve fédérale américaine de maintenir les taux sous contrôle. L’inflation pourrait devenir plus structurelle et dangereuse à un horizon de trois à cinq ans. En cas de maintien des mesures de relance quand le taux de chômage sera revenu à son niveau d’avant la pandémie.