Une évolution hyperbolique des cours…
Après une prestation déjà impressionnante en 2025, le rallye des métaux nobles s’est encore accéléré en janvier, avant de se retrouver en proie à une correction depuis jeudi dernier. A son apogée de la semaine dernière, le prix de l’or planait à un niveau de 30% supérieur à celui qu’il affichait en début d’année. Ce même écart représentait 35% pour le platine et même 65% pour l’argent. Depuis début 2025, le prix de l’or avait plus que doublé, tandis que celui du platine avait triplé et celui de l’argent, quadruplé.
… due aux incertitudes géopolitiques et économiques…
Outre les baisses de taux de la Fed et la dépréciation du dollar, les prix ont bénéficié d’un fort engouement des investisseurs pour ces actifs refuges, dans un contexte d’incertitudes géopolitiques et financières persistantes. Depuis le début de cette année, nous avons, en effet, eu successivement droit à l’intervention militaire américaine au Venezuela, à une tentative de Donald Trump d’annexer le Groenland, avec toutes les retombées qu’elle a eues sur les relations des Etats-Unis avec l’OTAN et l’Europe, à la menace de taxes douanières additionnelles, à la montée des tensions et à la menace d’une intervention militaire en Iran, sans oublier les problèmes internes des Etats-Unis avec les agents de l’ICE, le risque d’un nouveau "government shutdown" et les craintes quant à l’indépendance de la Fed. L’énorme appétit des investisseurs particuliers est venu s’ajouter aux achats des banques centrales qui poursuivent la constitution de leurs réserves d’or, le tout sur fond d’une pénurie de l’offre. Les compagnies minières rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver ces métaux rares et à les extraire. Si le mouvement de rattrapage amorcé vers le milieu de l’année dernière par l’argent et le platine par rapport à l’or était parfaitement justifié au regard de la substitution qui s’opérait sur le marché de la joaillerie, la combinaison des spéculations accrues et de l’offre limitée a, quant à elle, conduit à la surchauffe que nous avons pu observer récemment.
… et suivie d’une correction historique
A l’instar de la vigueur historique de la hausse des cours en janvier, nous avons assisté depuis jeudi dernier à une correction sans précédent : -20% pour l’or et -36% pour l’argent en l’espace de 2 jours. Après la surenchère spéculative des dernières semaines, les investisseurs du monde entier se sont soudain mis à vendre tous en même temps pour sécuriser leurs gains. Le principal motif était la nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Fed. Celui-ci étant considéré comme un faucon et ayant l’intention de s’employer à réduire le bilan de la Fed, le marché s’inquiète désormais moins de l’indépendance de la Fed et le dollar reprend des couleurs. Les tensions géopolitiques se sont également un peu apaisées ces derniers jours puisque l’Iran parlemente avec les Etats-Unis pour éviter une offensive militaire (avec à la clé un potentiel accord nucléaire) et que les Etats-Unis ont déjà levé une partie des sanctions sur l’industrie pétrolière au Venezuela. Parallèlement à cela, une détente est perceptible également au sein de l’OTAN sur la question du Groenland.
Une nouvelle opportunité d’achat dans une tendance à long terme haussière
Nous sommes d’avis que la tendance, à long terme, reste pour la plupart des métaux nobles soutenue par un rapport favorable entre l’offre et la demande. La tendance structurelle à la diversification de l’USD vers les actifs réels a, probablement, encore un bel avenir devant elle. Les banques centrales continuent à augmenter leurs réserves d’or, tandis que les investisseurs institutionnels et les investisseurs particuliers ont découvert, dans l’or, une classe d’actifs leur permettant de diversifier leurs placements ou de se protéger des risques géopolitiques et financiers, comme l’inflation élevée et les dettes publiques croissantes. La fuite vers les valeurs refuges pourrait à nouveau se manifester prochainement, en cas de mesures politiques inattendues, de menaces militaires, ou encore, si la Cour suprême venait à invalider les droits de douane de Donald Trump. Ce dernier scénario, en particulier, pourrait raviver l’incertitude politique et les craintes du marché à l’égard de l’ampleur du déficit budgétaire et de la dette publique des Etats-Unis.
Après le record de 5.600 USD atteint la semaine dernière par le prix de l’or, loin au-delà de notre objectif de cours de 5.000 USD, la correction actuelle (jusqu’à 4.400 USD hier matin) fait réapparaître un potentiel haussier suffisant, jusqu’à cet objectif de cours inchangé. Ces fluctuations offrent donc une nouvelle opportunité d’achat. Nous sommes, en revanche, un peu plus prudents à l’égard de l’argent vu la volatilité qui s’en est emparée après la récente exagération spéculative. Même depuis sa récente correction, le prix de l’argent est toujours trois fois plus élevé que début 2025. Cela pourrait engendrer une certaine destruction de la demande ou un phénomène de substitution sur les marchés physiques, par exemple pour les applications industrielles et électroniques. Dans les panneaux solaires, notamment, l’argent peut, en effet, être remplacé par d’autres métaux. De plus, l’argent, contrairement à l’or, ne bénéficie pas du soutien de banques centrales qui en sont friandes pour la constitution de leurs réserves. Après le rallye historique de l’année dernière, nous avons donc, à court terme, une vision neutre à l’égard de l’argent, à un objectif de cours inchangé de 80 USD.
Après une ascension aussi vertigineuse, il est normal que les prix des métaux nobles éprouvent, à court terme, le besoin de lâcher du lest. Mais cela va aussi créer de nouvelles opportunités d’achat pour cette classe d’actifs, que les investisseurs ont redécouverte dans un monde en proie à l’érosion monétaire et à une pénurie de plus en plus prononcée des métaux nobles.