Á présent que la Cour suprême américaine a conclu à l’inconstitutionnalité des taxes douanières introduites en vertu de l’IEEPA, les marchés réagissent avec une nervosité empreinte de prudence. On ne peut pas parler d’un choc, mais plutôt d’un état de vigilance accrue dont les effets étaient également perceptibles hier sur les marchés financiers. Plusieurs grands indices européens comme le DAX et le CAC 40 ont perdu du terrain sous la pression de valeurs industrielles et sensibles aux exportations comme celles de l’industrie, du secteur automobile et de la chimie.
Les indices de Wall Street se sont eux aussi teintés de rouge après un plongeon du Dow Jones, du S&P 500 et du Nasdaq. Les craintes persistantes au sujet des disruptions engendrées par l’IA et les propos versatiles de Donald Trump au sujet de la politique commerciale incitent les investisseurs à tourner le dos aux actions risquées, tandis que les actifs offrant une certaine sécurité gagnent en popularité.
Les marchés des changes ont laissé entrevoir des fluctuations significatives, tandis que l’or et l’argent, en leur qualité de valeurs refuges, sont parvenus à gagner du terrain.
Les marchés obligataires trahissent l’inquiétude au sujet de la croissance. La demande d’obligations d’État a augmenté, ce qui a fait baisser les taux à long terme. Traditionnellement, une telle évolution indique que les investisseurs tablent sur un ralentissement de la croissance économique. La courbe des taux s’est aplanie, ce qui laisse à penser que les marchés commencent à douter de la vigueur de la dynamique économique à moyen terme. Pour les investisseurs, il est clair désormais que la politique commerciale est redevenue un facteur qui va directement influencer le marché au quotidien, et non une interférence occasionnelle.
Dans son ouvrage intitulé "The Fourth Turning", Neil Howe décrit le rythme cyclique auquel les crises se succèdent. Et les nouvelles taxes douanières américaines s’inscrivent dans une telle phase de repositionnement politique…L’Union européenne a réagi hier avec maîtrise et vigilance. Plusieurs groupes politiques d’envergure du Parlement européen veulent suspendre l’approbation de l’accord commercial avec les États-Unis. Bruxelles a indiqué analyser l’impact des différentes options et s’engage à faire preuve de la proportionnalité nécessaire. L’Europe est en effet ballotée entre sa volonté de protéger ses propres intérêts économiques et la nécessité d’éviter une montée des tensions avec Washington.
L’Allemagne, en particulier, est vulnérable en sa qualité de moteur des exportations de la zone euro. Nombre d’entreprises européennes réalisent une part substantielle de leurs bénéfices grâce à leurs exportations à destination du marché américain. Mais dans le même temps, l’Europe prend conscience que dans un monde où les relations commerciales sont de plus en plus souvent utilisées comme une arme géopolitique, l’autonomie stratégique gagne en importance.La Chine a eu une réaction critique et se positionne en défenseur du commerce multilatéral. Du point de vue stratégique, c’est évidemment dans son propre intérêt dès lors qu’une nouvelle montée des tensions entre Washington et Pékin pourrait accélérer les glissements des chaînes de production mondiales. Reste à voir quel impact les rebondissements actuels auront sur la rencontre prévue en avril entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin…
Pour les entreprises européennes, le contexte actuel s’assortit de risques, mais aussi d’opportunités. La relocalisation, la diversification des chaînes d’approvisionnement et la production régionale pourraient à moyen terme créer des gagnants. Dans un monde fragmenté, la compétitivité se réoriente, se détournant de la pure optimalisation des coûts pour s’axer davantage sur la résilience.
Plus tard dans la journée, Donald Trump prononcera son discours sur l’état de Union. Celui-ci sera crucial, aussi pour les investisseurs. Les détails qu’il révélera au sujet de la politique, mais surtout le ton utilisé et les intentions déclarées aiguilleront le sentiment du marché.
Allons-nous avoir droit à une escalade de la rhétorique protectionniste, ou plutôt à une tactique de négociation laissant de la place à la diplomatie ? Dans un environnement où la communication elle-même est devenue un instrument de politique, un seul discours peut considérablement faire fluctuer les cours. En termes de timing, ce discours sur l’état de Union ne pouvait en tout cas pas plus mal tomber…
Dans ce climat d’incertitude accrue, le positionnement actif est plus important que jamais. La rotation sectorielle est susceptible de gagner en importance. Les secteurs exposés aux exportations comme l’industrie, le secteur automobile et les matériaux sont plus sensibles aux mauvaises surprises, tandis que les secteurs défensifs comme les soins de santé, les services aux collectivités et les biens de consommation pourraient faire preuve d’une meilleure résilience dans un contexte marqué par les tensions commerciales.
L’inflation et les taux d’intérêt sont également sous pression. En principe, les droits de douane ont pour effet d’augmenter les prix. Et si l’inflation augmente, il devient plus difficile pour les banques centrales de trouver un équilibre entre la croissance et la stabilité des prix.
Enfin, les glissements structurels des chaînes d’approvisionnement sont susceptibles de créer de nouvelles opportunités. Les entreprises qui profitent d’une relocalisation de la production en Europe ou auprès de partenaires commerciaux considérés comme des "alliés" géopolitiques pourraient à moyen terme retrouver de l’attrait.
Ce qui distingue l’épisode actuel des précédents conflits commerciaux, c’est son contexte plus large. Selon la théorie qui sous-tend le concept de "Fourth Turning" mis au point par Neil Howe, des périodes comme celles-là se caractérisent par un recalibrage institutionnel, des tensions géopolitiques et un réagencement économique. Vues sous cet angle, les taxes douanières ne sont donc pas un incident, mais un symptôme.
Pour l’investisseur européen, il ne s’agit pas d’une session boursière isolée, mais bien de l’illustration d’un climat plus vaste dans lequel les signaux politiques influencent directement les cours. Si nous nous trouvons effectivement dans un "Quatrième tournant", ces fluctuations ne sont pas des anomalies temporaires, mais les caractéristiques d’un système en pleine mutation, ce qui se traduira par une volatilité structurellement plus marquée.
Chiffres clés du 23/2/2026 |
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| Index | Clôture | +/- | Depuis début 2026 |
| Belgique: Bel-20 | 5605,19 | -0,88% | 10,37% |
| Europe: Stoxx Europe 600 | 627,70 | -0,45% | 6,00% |
| USA: S&P 500 | 6837,75 | -1,04% | -0,11% |
| Japon: Nikkei | 56825,70 | -1,12% | 12,88% |
| Chine: Shangai Composite | 4082,07 | -1,26% | 2,85% |
| Hongkong: Hang Seng | 27081,91 | 2,53% | 5,66% |
| Euro/dollar | 1,18 | 0,07% | 0,43% |
| Brent pétrole | 71,50 | -0,38% | 16,54% |
| Or | 5147,55 | 2,29% | 19,49% |
| Taux belge à 10 ans | 3,23 | ||
| Taux allemand à 10 ans | 2,73 | ||
| Taux américain à 10 ans | 4,03 | ||
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