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Chronique d’un accord inachevé
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16 JUIN

Chronique d’un accord inachevé

16-6-2026
Inge Donders – Head of Investment Communication
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Rédigé le 16-6-2026 08:48
Publié le 16-6-2026 08:48
L’accord entre les Etats-Unis et l’Iran procure clairement un soulagement aux marchés, mais ne change dans un premier temps rien à l’incertitude structurelle. L’issue de cette saga géopolitique demeure dès lors incertaine.
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Sommaire

  • Les marchés réservent un accueil favorable à la désescalade (temporaire).
  • La réouverture promise du détroit d’Ormuz contient les prix de l’énergie.
  • Les secteurs cycliques sortent gagnants.
  • L’accord est provisoire et politiquement fragile.
  • Les risques structurels pour les investisseurs sont toujours présents.

Un scénario connu

Après des mois de tension, l’accord entre les Etats-Unis et l’Iran, qu’il soit ou non pourvu d’une signature électronique, constitue un véritable apaisement pour le conflit. La réaction du marché peut être qualifiée de classique : les actions ont grimpé, le prix du pétrole a chuté, et la propension au risque a fait son retour. Les bourses asiatiques, européennes et américaines ont clôturé la session en hausse, tandis que le prix du pétrole est retombé à tout juste moins de 83 dollars le baril, son niveau le plus bas en 3 mois.

Ce scénario est déjà bien connu dans le cadre de ce conflit : à chaque fois que les investisseurs parviennent à fonder à nouveau leurs espoirs dans une solution diplomatique et une normalisation des flux énergétiques, les marchés des actions se ressaisissent et les prix du pétrole se détendent.

Le fil rouge

Le détroit d’Ormuz est finalement le véritable enjeu. Aussi longtemps que le passage n’est pas totalement rétabli, la prime de risque sur le pétrole demeure, les prévisions d’inflation augmentent et la nervosité monte.

C’est précisément pour cette raison que la promesse d’une réouverture influence à ce point les marchés. Mais en même temps, l’Iran est lui aussi conscient de la puissance de cet instrument. La probabilité que cette menace soit à nouveau brandie si l’accord capote est donc toujours présente en toile de fond.

Pas un retour à la normale

L’impact économique se fait avant tout sentir à travers les prix de l’énergie. Une baisse des prix du pétrole atténue la pression inflationniste, soutient le pouvoir d’achat et réduit le risque que les banques centrales se montrent trop prudentes. L’effet favorable sur la croissance est indéniable, en particulier en Europe, toujours plus sensible aux chocs énergétiques que les Etats-Unis.

En même temps, il ne faudrait pas prendre ce soulagement pour une normalisation complète. Les flux commerciaux ne se rétablissent pas du jour au lendemain, les infrastructures de la région ont subi des dommages majeurs et les assureurs maritimes ne seront pas enclins à revenir aveuglément à l’ordre du jour. Et lorsque les flux énergétiques ou commerciaux sont durablement perturbés, la géopolitique devient déterminante pour le climat macroéconomique. Le risque en question est aujourd’hui moins prononcé qu’il y a quelques semaines, mais il n’a pas disparu pour autant…

Le sentiment au bord du revirement

La réaction des marchés des actions est là pour nous rappeler à quelle vitesse le sentiment peut changer. L’industrie, les transports, l’extraction minière et le secteur aérien ont immédiatement profité de la baisse du coût de l’énergie et des perspectives soudain plus favorables. Et en parallèle, les actions du secteur de l’énergie ont été affectées par la baisse des prix du pétrole, tandis que les secteurs défensifs comme l’industrie pharmaceutique et les services aux collectivités ont perdu du terrain.

La réaction du BEL 20 était à cet égard éloquente, car si le marché européen au sens large s’est mis à grimper, l’indice bruxellois, lui, est resté à la traîne, victime de prises de bénéfices dans les secteurs défensifs. Voilà qui prouve à quel point ce mouvement est typique : dans un environnement qui se laisse à nouveau gagner par la propension au risque, la sécurité et la prévisibilité perdent temporairement de leur attrait, tandis que le marché se met en quête de nouveaux leviers cycliques.

Jusqu’à ce que le bât blesse…

Le timing de l’accord, à la veille du sommet du G7 à Evian et des 80 ans de Donald Trump, lui confère une dimension supplémentaire. Pour Washington, il s’agit d’une opportunité de prendre les commandes et de produire un résultat tangible. Mais c’est précisément là que le bât blesse : l’accord en question est provisoire, le texte n’est pas finalisé et les questions les plus délicates, comme celles des restrictions au programme nucléaire, des inspections et de la durabilité de la réouverture du détroit d’Ormuz, restent ouvertes.

A cela s’ajoute le fait que les alliés européens ont été tenus à l’écart tant de la phase militaire que de la phase diplomatique, ce qui affaiblit le consensus international. A présent que la Russie redirige ses foudres sur Kiev, la guerre en Ukraine pèsera en outre également sur le sommet en question. Autrement dit, le G7 ne devra pas gérer non seulement une seule crise, mais plusieurs à la fois.

La saga continue…

L’accord actuel apporte indéniablement un certain soulagement. La baisse des prix du pétrole, la remontée des marchés et la détente de l’inflation soutiennent à court terme le scénario économique, mais cet épisode ne nous semble pas devoir être le dernier. Il nous fait plutôt l’effet d’un nouvel épisode d’un conflit qui a déjà connu bien trop de rebondissements…

Pour les investisseurs, la leçon à en tirer reste la même : ne pas se laisser entraîner par le premier rallye de soulagement, mais s’en tenir à la stratégie, la diversification et la discipline. Rien n’empêchera les marchés d’anticiper sur une issue heureuse, mais mieux vaut en ce qui nous concerne attendre que les deux parties se présentent à Genève vendredi, un stylo à la main. Autrement dit : le scénario reste incertain, et la chute du récit n’est pas encore connue.

Chiffres clés du 15/6/2026

Index Clôture +/- Depuis début 2026
Belgique: Bel-20 5683,73 -0,93% 11,92%
Europe: Stoxx Europe 600 634,44 0,19% 7,13%
USA: S&P 500 7554,29 1,65% 10,35%
Japon: Nikkei 69317,50 4,99% 37,70%
Chine: Shangai Composite 4096,47 1,61% 3,22%
Hongkong: Hang Seng 24842,67 0,50% -3,07%
Euro/dollar 1,16 0,29% -1,17%
Brent pétrole 83,27 -4,62% 35,73%
Or 4337,55 2,71% 0,69%
Taux belge à 10 ans 3,49
Taux allemand à 10 ans 2,95
Taux américain à 10 ans 4,47
Source : Factset

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