Sommaire
- L’Europe reconnaît l’importance stratégique de l’industrie, mais n’avance pas encore de projets concrets.
- Les prix élevés de l’énergie et du CO₂ restent le talon d’Achille.
- Les remparts contre les importations déloyales gagnent du terrain.
- La défense et l’infrastructure pourraient inverser le cycle.
- L’investisseur doit faire la différence entre les intentions politiques et la réalité de l’investissement.
Le Limbourg, un retour aux sources
Dans le Limbourg, l’industrie n’est pas un concept abstrait. L’extraction minière, le textile et la métallurgie ont jadis fait la prospérité de la région, mais ont ensuite disparu – du moins en grande partie. S’est alors ouverte la phase de la reconversion: les anciens sites industriels se sont vu attribuer de nouvelles fonctions en tant que plaques tournantes logistiques, pôles d’attraction touristiques ou centres de loisirs. Le Limbourg est ainsi passé maître dans l’art de se réinventer.
Le choix du château d’Alden Biesen pour ce sommet européen consacré à l’industrie revêt donc une dimension symbolique. Car un lieu qui fait ainsi le trait d’union entre le passé et la transformation invite immanquablement à un examen rétrospectif – non par nostalgie, mais pour entrevoir de nouvelles pistes. Peut-être cet environnement a-t-il inspiré les chefs de gouvernement européens, ou les a-t-il du moins aidés à relativiser…
Ce sommet consacré à l’industrie européenne incarne surtout un changement de mentalité. Car si l’Europe s’est longtemps fiée à la force des marchés ouverts et de l’efficacité globale, la réalité géopolitique l’oblige à présent à se repositionner. La guerre aux frontières orientales, les tensions commerciales avec la Chine et les Etats-Unis et les dépendances de plus en plus prononcées confèrent à nouveau à l’industrie une importance stratégique. La direction à prendre fait de plus en plus l’unanimité, mais l’Europe reste jusqu’ici divisée quant au chemin à emprunter.
Ce que l’Europe peut apprendre du Limbourg
L’essence du problème est connue : l’industrie européenne est confrontée à une hausse structurelle des coûts. Les prix de l’énergie sont nettement plus élevés en Europe qu’aux Etats-Unis – trois fois plus, même, dans certains cas – et les émissions de CO₂ constituent en Europe un facteur de coût réel et de plus en plus substantiel. Cette réalité défavorise surtout les industries à forte intensité énergétique et ébranle leur position concurrentielle.
A cela s’ajoute la pénurie sur le marché de l’emploi. Le manque de profils qualifiés pèse sur les investissements et la capacité, en particulier parmi les PME industrielles. Dans un tel contexte, l’efficacité, l’automatisation et la technologie ne sont plus un choix, mais une nécessité.
La sphère politique prend de plus en plus conscience que cette combinaison n’est à terme pas tenable. Dans le même temps, les interventions se heurtent rapidement aux objectifs climatiques et aux intérêts nationaux. La politique reste donc hésitante, avec des intentions claires, certes, mais pas de décisions rapides et cohérentes… A l’instar du Limbourg qui a dû, à un moment de son histoire, se mettre en quête d’un nouvel équilibre entre le passé et l’avenir, l’Europe doit aujourd’hui mener le même exercice, mais à l’échelle continentale.
La reconstruction comme levier : où se situent les opportunités ?
En marge de la réduction des coûts, nous percevons aussi un élan positif du côté de la demande. L’Allemagne a annoncé des plans d’investissement ambitieux qui pourront progressivement profiter à l’industrie européenne au sens plus large. De plus, cette vision constructive des entreprises industrielles est soutenue par une conjonction plus vaste de thèmes de croissance structurels : les dépenses en faveur de la défense et de l’infrastructure, les investissements dans les centres de données, l’énergie renouvelable, l’électrification et la relocalisation de la production.
A cela vient s’ajouter la potentielle reconstruction de l’Ukraine. Si celle-ci venait à se profiler plus concrètement à partir de l’année prochaine, cela pourrait donner naissance à un nouveau cycle d’investissement dans l’infrastructure, les matériaux et la capacité industrielle, résolument axé sur l’Europe. Pour l’investisseur, il s’agit là d’un scénario plus tangible que la politique industrielle pure et simple.
Certaines reconversions sont rentables, d’autres pas…
Cependant, les défis restent considérables. Le fossé qui sépare les ambitions politiques d’une certitude dans laquelle il est possible d’investir est énorme. Les intentions sont plus claires qu’autrefois, mais il n’existe toujours pas de règles du jeu stables concernant les prix de l’énergie, le coût des émissions de CO₂ et la protection du marché. Le timing et la sélectivité sont donc essentiels.
Les acteurs de l’industrie européenne ne parviendront pas tous à profiter de ce repositionnement. Les entreprises disposant d’un bilan solide, d’un "pricing power" suffisant et d’une exposition marquée aux investissements publics européens sont à cet égard mieux placées que celles qui misent principalement sur le thème en lui-même.
La force, ça s’entretient par l’exercice
Le sommet d’Alden Biesen n’a pas débouché sur une percée absolue, mais a permis d’imprimer une direction. L’Europe veut préserver son industrie, la protéger et la rendre plus durable, mais elle éprouve toujours des difficultés à transposer ces ambitions en une politique prompte et cohérente. Les investisseurs y voient à la fois un espoir et une raison de se tenir sur la réserve: la vision existe, certes, mais sa mise en œuvre reste incertaine.
Le STOXX Europe 600 Industrials a grimpé en 2025 d’un peu plus de 20%, principalement grâce aux plans de relance, de défense et d’infrastructure. En 2026, l’industrie ne figurera probablement pas parmi le peloton de tête, mais se situera plutôt dans la bonne moyenne. L’incertitude quant à la réalisation des intentions politiques et la concurrence persistante de la Chine et des Etats-Unis sont en effet susceptibles de tempérer l’enthousiasme.
Il serait sans doute prématuré de miser sur une revalorisation à grande échelle. En revanche, si l’on vise de manière sélective les entreprises disposant d’un bilan solide et d’une bonne exposition aux investissements publics, ce ne sont pas les opportunités qui manquent. Les Limbourgeois vous le diront: la force ne s’acquiert pas au bout d’une seule séance d’entraînement. Mais au moins, l’industrie européenne semble avoir entamé son échauffement…
Chiffres clés du 16/2/2026
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| Index |
Clôture |
+/- |
Depuis début 2026 |
| Belgique: Bel-20 |
5599.00 |
-0.27% |
10.25% |
| Europe: Stoxx Europe 600 |
618.52 |
0.13% |
4.45% |
| USA: S&P 500 |
6836.17 |
0.05% |
-0.14% |
| Japon: Nikkei |
56806.41 |
-0.24% |
12.85% |
| Chine: Shangai Composite |
4082.07 |
-1.26% |
2.85% |
| Hongkong: Hang Seng |
26705.94 |
0.52% |
4.20% |
| Euro/dollar |
1.19 |
0.04% |
0.94% |
| Brent pétrole |
67.70 |
0.16% |
10.35% |
| Or |
4969.30 |
-1.86% |
15.35% |
| Taux belge à 10 ans |
3.27 |
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| Taux allemand à 10 ans |
2.75 |
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| Taux américain à 10 ans |
4.05 |
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