Sommaire
- La bourse tombe de haut
- L’exceptionnalisme japonais
- L’énergie, le talon d’Achille nippon
- Chiffres d’inflation et prudence à court terme
Une hausse fragilisée par la géopolitique
2026 avait plutôt bien commencé pour le pays du soleil levant. Sanae Takaichi a été élue première ministre fin octobre 2025 et un vaste plan de relance de plus de 100 milliards d’euros a été lancé. L’objectif : lutter contre l’envolée des prix alimentaires et relancer la croissance de la quatrième économie mondiale. Les marchés ont réagi avec un enthousiasme marqué ! Le Nikkei, indice vedette du Japon, a ainsi fortement bondi et a failli franchir la barre des 60.000 points, réalisant ainsi 14% de gains entre début janvier et fin février. Ce bel élan s’est toutefois soudainement arrêté avec le début de la guerre en Iran, remettant en évidence la faiblesse structurelle du Japon : sa dépendance énergétique.
D’une déflation historique à l’inflation : un parcours unique
Jusqu’au début des années 2020, le Japon était perçu comme une anomalie économique, coincé entre un régime à la limite de la déflation et une croissance atone. Cette léthargie (y compris sur la bourse japonaise) a pris fin avec la guerre en Ukraine et, poussé par les prix de l’énergie, l’archipel a redécouvert l’inflation. Après tant d’années de déflation, cette première vague inflationniste a été bien accueillie par les marchés, aidés il est vrai, par des mesures publiques. Après une deuxième vague d’inflation liée au prix du riz et récemment maîtrisée, le Japon se retrouve désormais confronté à une situation qui paraît nettement plus complexe. La situation en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz sont en effet particulièrement impactant pour le pays. La facture pourrait être lourde, tant pour les ménages, que pour la devise locale, dont la tendance baissière s’est accentuée.
Dépendance énergétique et paradoxe japonais
Pourquoi la situation est-elle critique ? Le Japon incarne l’un des grands paradoxes des économies actuelles : une force industrielle majeure, un énorme poids économique, mais fortement dépendant de l’extérieur pour son approvisionnement énergétique. Plus de 85% de l’énergie est importée et le pays est très fortement lié aux hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient. D’autant que l’arrêt de la centrale nucléaire de Fukushima (bien que partiellement rétablie) n’a pas arrangé la diversité du mix énergétique. Si l’on se concentre sur le pétrole, plus de 90% du précieux liquide importé au Japon a pour origine les pays du Golfe. La crise actuelle met ainsi en lumière la vulnérabilité du Japon. Pour un pays qui n’a que peu de marges de manœuvres en matière d’approvisionnement énergétique, de fortes fluctuations sur les prix du pétrole, de l’électricité ou du gaz, induisent un choc immédiat et potentiellement durable. Voilà probablement pourquoi Mister Market a été sévère avec la bourse nipponne.
Prudence et analyse de la situation
Dans ce contexte tendu, l’indice des prix à la consommation était attendu. La BoJ a récemment maintenu ses taux d’intérêt mais a signalé un retour de pressions inflationnistes via l’énergie importée. En ce sens, la publication de mardi matin qui fait ressortir l’IPC (indice des prix à la consommation) à 1,6%, sous les attentes, est un petit soulagement. Toutefois, ces chiffres portent encore sur février et ne tiennent donc pas compte de la situation géopolitique ! Le pays reste sans nul doute une économie intéressante et attrayante, mais la situation actuelle nous incite à être particulièrement vigilant. Une chose est sûre, les indices japonais seront fortement corrélés à l’évolution du conflit en Iran.
Derniers retournements de situation
En parlant du conflit, les événements des derniers jours ont été riches en rebondissements. Donald Trump a initialement menacé l’Iran de bombarder ses installations énergétiques si le détroit n’était pas rouvert dans les 48h. L’Iran s’est à son tour montré menaçant, le pétrole et le gaz ont bondi et les marchés ont logiquement dévissé. Lundi, le président américain est revenu sur ses propos et a annoncé une extension du délai, mettant en avant des « discussions productives ». Le rebond des marchés en cours de journée a été assez spectaculaire, et le pétrole s’est calmé. Ce mardi, la situation a évolué d’heure en heure. Que cela soit vis-à-vis des marchés mondiaux, ou plus précisément du marché nippon, il convient de garder la tête froide et de se remémorer certains proverbes : en bourse aussi, prudence est souvent mère de sûreté.
Chiffres clés du 24/3/2026
|
| Index |
Clôture |
+/- |
Depuis début 2026 |
| Belgique: Bel-20 |
4944,99 |
0,10% |
-2,63% |
| Europe: Stoxx Europe 600 |
579,28 |
0,43% |
-2,18% |
| USA: S&P 500 |
6556,37 |
-0,37% |
-4,22% |
| Japon: Nikkei |
52252,28 |
1,43% |
3,80% |
| Chine: Shangai Composite |
3881,28 |
1,78% |
-2,21% |
| Hongkong: Hang Seng |
25063,71 |
2,79% |
-2,21% |
| Euro/dollar |
1,16 |
-0,06% |
-1,42% |
| Brent pétrole |
104,38 |
4,31% |
70,14% |
| Or |
4419,40 |
3,66% |
2,59% |
| Taux belge à 10 ans |
3,62 |
|
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| Taux allemand à 10 ans |
3,00 |
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| Taux américain à 10 ans |
4,39 |
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