Sommaire
- Détroit d’Ormuz : toujours pas de réouverture en vue
- De combien de barils sommes-nous réellement privés ?
- Et où en sont les réserves ?
- Peut-on espérer une normalisation rapide après la réouverture du détroit d’Ormuz ?
Détroit d’Ormuz : toujours pas de réouverture en vue
Un peu plus de quatre semaines après le déclenchement du conflit militaire entre les Etats-Unis/Israël et l’Iran, on ignore toujours quand et comment le détroit d’Ormuz sera rouvert. Les résultats escomptés ne sont toujours pas atteints. Ni renversement du régime iranien, ni accord imposé (avec des reculs sur le nucléaire ou la libre circulation dans le détroit d’Ormuz), ni même affaiblissement stratégique suffisant pour écarter définitivement la menace.
Donald Trump avait commencé par menacer de détruire les infrastructures pétrolières et électriques iraniennes si un accord n’était pas trouvé pour le 6 avril, faisant dans le même temps, monter la pression en déployant des troupes d’infanterie supplémentaires en préparation d’une offensive terrestre.
Le fait que le président américain envisage à présent de mettre un terme à la guerre d’ici environ deux semaines, sans disposer d’un accord au sujet de la réouverture du détroit d’Ormuz, pourrait constituer une indication que cet objectif n’est pas réalisable dans l’immédiat. Pendant ce temps, le parlement iranien projette de mettre en place un système de péage pour les navires qui empruntent le détroit. Dans cette hypothèse, l’Iran aurait, cependant, tout intérêt à ce que la navigation reprenne. Peut-être tient-on là la solution au conflit, même si elle aura un coût pour le transport maritime…
De combien de barils sommes-nous réellement privés ?
Avant l’éclatement de la guerre, environ 20% de l’approvisionnement en pétrole et en GNL transitait par le détroit d’Ormuz, mais les effets du blocage ont, entretemps, été en partie compensés. Du fait de l’expansion substantielle de l’offre en Amérique du Nord et du Sud ces dernières années, la production mondiale affichait, en effet, en réalité un excédent de 3% avant le conflit. En outre, 20% du pétrole produit dans la région du Golfe (soit 4% de l’offre mondiale) peut être détourné vers la côte saoudienne de la mer Rouge grâce à des oléoducs, vers la Turquie en passant par le nord de l’Irak et par l’oléoduc reliant Abu Dhabi à Oman. Depuis le port saoudien de Yanbu, ce pétrole peut alors être acheminé par navire-citerne vers l’Europe (par le canal de Suez) ou vers l’Asie de l’Est, à condition que l’accès à la mer Rouge ne soit pas à nouveau perturbé par des attaques des rebelles Houthis pro-iraniens.
D’ailleurs, le détroit d’Ormuz n’est pas entièrement fermé : chaque jour, l’Iran autorise quelques navires de pays "alliés", comme la Chine, l’Inde et le Pakistan, transportant du pétrole iranien à le traverser. Selon les estimations, ces volumes représenteraient 2% de l’offre mondiale. À cela s’ajoute un autre facteur : l’atténuation des sanctions contre la Russie et le Venezuela, combinée à la remontée de la production américaine de pétrole de schiste, désormais relancée par des prix redevenus rentables. Au total, nous parvenons donc ainsi à compenser la moitié de l’approvisionnement normal transitant par le détroit d’Ormuz, de sorte que nous ne sommes privés "que" de 10% de l’offre mondiale (10 millions de barils par jour).
Et où en sont les réserves ?
Heureusement, des pays comme la Chine et les Etats-Unis avaient accumulé d’importantes réserves ces dernières années. Grâce à la libération de 0,4 des 1,2 milliard de barils de réserves stratégiques mondiales, nous sommes donc en mesure de compenser la pénurie durant environ 40 jours. Au besoin, une nouvelle tranche pourra être libérée, mais on ne voudra assurément pas sacrifier la totalité des réserves stratégiques. Si la rupture d’approvisionnement se prolonge encore plusieurs semaines ou plusieurs mois, la pénurie ne pourra donc être compensée que par une destruction de la demande. La hausse des prix du pétrole se traduit déjà progressivement par un certain repli de la demande, du fait que certaines compagnies aériennes annulent des vols, que les gens utilisent moins leur voiture et que certaines industries à forte intensité énergétique préfèrent opter pour un arrêt temporaire de la production.
Peut-on espérer une normalisation rapide après la réouverture du détroit d’Ormuz ?
L’interruption des exportations et les attaques menées contre certaines infrastructures pétrolières ont, temporairement, paralysé une partie de la production pétrolière dans la région du Golfe. Si les possibilités de transit sont rouvertes, cette production pourra reprendre dans un délai de 1 à 3 mois.
Pour le gaz, il convient, en plus du blocage des voies de transit, de tenir compte également du fait que le plus grand complexe d’exportation de GNL de la région du Golfe, celui de Ras Laffan au Qatar, a été gravement endommagé par les frappes iraniennes et que les réparations pourraient prendre entre 3 et 5 ans. Cela dit, les dégâts n’ont anéanti que 17% de la capacité de ce complexe, ce qui ne représente "que" 1% de l’offre mondiale de gaz.
Autrement dit, l’offre de pétrole et de gaz parviendra, dans une large mesure , à se normaliser après une réouverture progressive du détroit d’Ormuz, même si la prime de risque persistante et les coûts plus élevés du transport (assurance, péage éventuel pour emprunter le détroit d’Ormuz, etc.) empêcheront sans doute les prix de renouer tout à fait avec les faibles niveaux d’avant la guerre. En Europe, il n’est pas exclu que les prix du gaz fassent l’objet d’une nouvelle pression à la hausse devant la nécessité de reconstituer les réserves, actuellement réduites, d’ici le début de l’hiver prochain.
Chiffres clés du 1/4/2026
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| Index |
Clôture |
+/- |
Depuis début 2026 |
| Belgique: Bel-20 |
5220,82 |
2,91% |
2,80% |
| Europe: Stoxx Europe 600 |
597,69 |
2,50% |
0,93% |
| USA: S&P 500 |
6575,32 |
0,72% |
-3,95% |
| Japon: Nikkei |
53739,68 |
5,24% |
6,75% |
| Chine: Shangai Composite |
3948,55 |
1,46% |
-0,51% |
| Hongkong: Hang Seng |
25294,03 |
2,04% |
-1,31% |
| Euro/dollar |
1,16 |
0,88% |
-1,03% |
| Brent pétrole |
101,28 |
-2,49% |
65,09% |
| Or |
4719,70 |
3,64% |
9,56% |
| Taux belge à 10 ans |
3,58 |
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| Taux allemand à 10 ans |
3,00 |
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| Taux américain à 10 ans |
4,33 |
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