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La Fed joue la carte de la crédibilité
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17 SEPT

La Fed joue la carte de la crédibilité

17-9-2026
Patrick Casselman – Senior Equity Specialist
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Rédigé le 17-9-2026 08:55
Publié le 17-9-2026 08:55
Hier, la banque centrale américaine a relevé son taux directeur de 25 points de base, le portant donc de 3,50-3,75% à 3,75-4,00%. Pour la première fois en trois ans, la Fed choisit donc à nouveau de resserrer sa politique monétaire.
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Sommaire

  • Pourquoi la Fed relève-t-elle les taux ?
  • De la lutte contre l’inflation à l’assouplissement, et inversement
  • Pressions politiques et indépendance
  • L’impact sur les marchés financiers

Pourquoi la Fed relève-t-elle les taux ?

Cela fait déjà cinq ans que l’inflation américaine dépasse l’objectif de 2%. En août, l’inflation de base, celle qui exclut les prix de l’alimentation et de l’énergie, a grimpé de 0,3% par rapport au mois de juillet, au lieu des 0,2% attendus. Dans le même temps, la hausse des prix du pétrole fait à nouveau augmenter l’inflation totale, la portant à 3,4% en août et probablement encore davantage en septembre. L’économie est quant à elle parvenue à conserver sa résilience, créant 162.000 emplois en août et maintenant le taux de chômage à 4,1%. Face à un marché de l’emploi aussi peu enclin à s’affaiblir, la Fed peut donc se permettre d’intervenir sans risquer de provoquer d’emblée une récession. A ce titre, ce relèvement des taux est donc surtout une mesure préventive destinée à éviter que l’augmentation temporaire des prix ne se répercute durablement sur les salaires, les prix des services et les prévisions d’inflation.

De la lutte contre l’inflation à l’assouplissement, et inversement

Après le choc inflationniste de 2021-2022, la Fed avait très rapidement relevé les taux jusqu’à une fourchette de 5,25%-5,50%. Voyant s’atténuer la pression à la hausse sur les prix, elle a ensuite opéré trois abaissements des taux dans le courant du second semestre de 2024 (-1% au total). De janvier à septembre 2025, la Fed a marqué une pause pour se laisser le temps d’évaluer l’impact que les droits de douane imposés par Donald Trump auraient sur l’inflation. Fin 2025, elle a à nouveau procédé à 3 abaissements des taux (jusqu’à 3,50-3,75%) afin de soutenir le marché de l’emploi qui présentait des signes de refroidissement. Le relèvement qu’elle vient d’opérer n’est donc pas le début d’un tout nouveau cycle, mais plutôt une correction d’un assouplissement antérieur, une manière pour la Fed de reconnaître que sa victoire sur l’inflation n’est pas encore tout à fait acquise. Les gouverneurs de la Fed ont laissé entendre qu’ils pourraient encore procéder à un relèvement d’ici la fin de l’année, pour ensuite laisser les taux inchangés l’année prochaine et les relever une seule fois tant en 2028 qu’en 2029.

Pressions politiques et indépendance

La décision revêt aussi une dimension politique indéniable. Conscient que des taux élevés augmentent le coût des hypothèques, des prêts aux entreprises et de la dette publique américaine, Donald Trump plaide ouvertement pour que les Etats-Unis affichent les coûts de financement les plus bas au monde. Kevin Warsh, qui préside la Fed depuis le mois de mai et doit en partie son élection à Donald Trump lui-même, doit à présent prouver qu’il ne se laisse pas dicter sa conduite par la Maison Blanche. Cet aspect est en effet crucial. Car lorsque les investisseurs doutent de l’indépendance de la banque centrale, ils exigent une prime de risque plus élevée sur les obligations d’Etat à long terme. Paradoxalement, des pressions politiques pour faire baisser les taux à court terme peuvent donc faire grimper les taux à long terme…

L’impact sur les marchés financiers

Pour les obligations, ce relèvement des taux se traduit par une augmentation des rendements et une baisse des cours, en particulier pour les durées plus courtes. Le taux américain à 2 ans avait déjà augmenté de 24 points de base durant la semaine précédant la réunion de la Fed, de sorte qu’il tenait déjà largement compte de la décision qui vient d’être prise. Quant à la réaction du taux à 10 ans, qui s’est hissé à 5% les dernières semaines, elle dépendra en partie du message adressé par la Fed : une lutte crédible contre l’inflation a en effet tendance à stabiliser les taux à long terme, tandis que la crainte de nouveaux relèvements ou d’une augmentation des déficits budgétaires peut au contraire les faire grimper davantage…

Les actions souffrent pour leur part de l’augmentation des coûts de financement et du repli de la valeur escomptée des cash flows futurs, ainsi que des arbitrages vers les placements à revenu fixe à présent que la bonification d’intérêt devient plus attrayante. Le S&P 500 a chuté de près de 1% juste après la décision, surtout à cause du ton restrictif adopté par Kevin Warsh dans le discours qui l’accompagnait. Les technologies, l’immobilier et d’autres secteurs sensibles aux taux d’intérêt pourraient subir des pressions à la vente. Les banques pourraient quant à elles profiter des marges d’intérêts plus élevées, mais seulement si l’économie et la qualité des crédits tiennent bon. Et à en juger par le recul accusé hier par les cours des banques américaines, le marché nourrit apparemment quelques doutes à ce sujet.

La plupart du temps, une hausse des taux américains soutient le dollar, tandis que l’or peut dans un premier temps souffrir de l’augmentation des taux d’intérêt réels. 
En bref, la Fed ne relève pas les taux parce que l’économie est en crise, mais au contraire parce que la croissance et l’emploi lui permettent de s’attaquer à l’inflation. Les marchés financiers vont donc plutôt se focaliser sur la suite : la Fed va-t-elle se limiter à deux relèvements, ou la décision d’hier marque-t-elle le début d’un nouveau cycle de resserrement ? Tout dépendra des données à venir concernant l’inflation, les salaires et le marché de l’emploi, mais aussi de la crédibilité avec laquelle la Fed parviendra à préserver son indépendance.

Chiffres clés du 17/9/2026

Index Clôture +/- Depuis début 2026
Belgique: Bel-20 5733,49 0,16% 12,90%
Europe: Stoxx Europe 600 637,09 0,46% 7,58%
USA: S&P 500 7551,81 -0,45% 10,32%
Japon: Nikkei 63923,00 0,69% 26,98%
Chine: Shangai Composite 3891,60 0,71% -1,95%
Hongkong: Hang Seng 24713,78 0,19% -3,58%
Euro/dollar 1,15 -0,05% -1,76%
Brent pétrole 105,78 -19,13% 72,42%
Or 4332,55 1,57% 0,57%
Taux belge à 10 ans 4,15
Taux allemand à 10 ans 3,53
Taux américain à 10 ans 5,01
Source : Factset

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