Mister Market croit toujours en une issue favorable…
Alors que le monde (financier) attend la réponse de l’Iran à la dernière proposition américaine, les marchés des actions ont été confrontés à quelques prises de bénéfices. Cependant, à en juger par les principaux indices toujours très proches de leurs records historiques, les investisseurs continuent à croire en une issue favorable de la situation au Moyen-Orient. Reste à voir à quoi un accord pourrait désormais ressembler. Les commentaires et les dépêches se succèdent à un rythme effréné et deviennent de plus en plus contradictoires, mais il est clair que Donald Trump cherche à se dépêtrer de ce conflit devenu très impopulaire. Cependant, s’il est réellement question de rouvrir le détroit d’Ormuz en l’absence d’un accord sur le nucléaire dans l’immédiat, on peut se demander à quoi cette guerre aura servi… Sans compter que la réaction de l’opinion publique américaine et des marchés reste l’inconnue de l’équation.
… mais la branche descendante du "K" devient bancale
Quoi qu’il en soit, le temps presse. A en croire certains experts militaires, l’Iran pourrait résister plusieurs mois au blocus américain. En revanche, de plus en plus d’éléments indiquent que les consommateurs de la plus grande économie au monde, la branche descendante de l’économie en "K", commencent à manquer d’oxygène. Le concept de l’économie en "K" repose sur l’idée que l’on peut subdiviser l’économie américaine en deux branches, l’une montante et l’autre descendante, comme celles qui forment la lettre "K".
La branche montante, plus courte, désigne la partie de l’économie qui demeure particulièrement florissante. C’est le pan composé des ménages aux revenus supérieurs qui possèdent traditionnellement beaucoup d’actifs (immobilier, actions…) et qui profitent pleinement de la hausse boursière et en particulier de l’essor des valeurs technologiques. C’est aussi la composante technologique de l’économie, celle qui prospère au rythme des centres de données et des semi-conducteurs. Il faut en effet savoir que la construction des centres de données est à l’origine de la moitié, et selon certaines sources, même de la totalité, de la croissance de l’économie américaine.
La branche descendante du "K", la plus longue des deux, représente quant à elle les ménages aux revenus plus modestes, qui possèdent beaucoup moins d’actifs, qui vivent d’une paie à l’autre et qui souffrent davantage de la hausse des prix du gaz. Or, c’est justement au sujet de ce pan de l’économie que nous avons eu hier des échos prudents de la part de fabricants de produits à usage domestique et de chaînes de restaurants comme Heinz, Whirlpool et Mc Donald’s, qui ont tous indiqué que ce groupe de consommateurs voit lentement mais sûrement ses liquidités s’épuiser et a même déjà consommé une grande partie de son épargne. Et bien sûr, ce groupe constitue aussi un vivier non négligeable d’électeurs, ce qui ne devrait pas laisser Donald Trump indifférent à l’approche des élections de mi-mandat qui se tiendront en novembre.
Mais d’un autre côté, la branche "saine" du "K" n’aimerait évidemment pas voir chuter les marchés des actions… Quand on sait qu’environ 10% des recettes fiscales américaines proviennent de l’impôt sur les plus-values, il n’est pas difficile de s’imaginer à quel point il est important d’entretenir l’allégresse des taureaux et donc, pour Donald Trump, non seulement d’obtenir un accord fantastique, mais aussi de parvenir à le présenter comme plus fantastique encore. Nous sommes donc curieux de voir ce que nous réservent les heures et les jours à venir…
L’Europe menacée par de nouvelles taxes douanières et des relèvements de taux
Non que tout aille pour le mieux en Europe… Le Vieux continent essuie en effet chaque jour des menaces de la part de ses alliés d’outre-Atlantique. Selon le dernier ultimatum lancé, les droits de douane sur les voitures européennes seraient portés à 25% si l’Europe n’applique pas l’accord commercial d’ici le 4 juillet, le Jour de l’Indépendance aux Etats-Unis.
Et bien entendu, l’Europe souffre elle aussi de la situation au Moyen-Orient, et cela pourrait engendrer des relèvements des taux. Nous savons tous que tenter de remédier à un choc de l’offre (en l’occurrence l’envolée des prix du pétrole due à la disparition d’une partie de l’offre en provenance de la région du Golfe) par des mesures influençant la demande - car c’est bien ce que fait un relèvement des taux : réduire la demande - n’est pas la meilleure idée qui soit. Mais nous ne sommes pas certains que les décideurs politiques européens voient également les choses sous cet angle… La Norvège a en tout cas ouvert le feu hier en décrétant un premier relèvement des taux tandis qu’en Allemagne, Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a indiqué que si l’inflation continue à augmenter, il faudra se résoudre à relever les taux. Autrement dit, même de notre côté de l’Atlantique, nous attendons la réponse de l’Iran…
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