Les marchés ne se laissent qu’en partie entraîner par le twist de Scott Bessent
Avant-hier, le ministre des finances américain était parvenu à faire quelque peu baisser les taux à long terme en faisant part de son intention de doubler les achats au niveau de l’extrémité longue de la courbe des taux. Hier, il a réitéré cette tentative en déclarant qu’il procéderait à encore plus d’achats et prendrait des mesures pour garder la dette publique sous contrôle. Mais cette fois, la promesse n’a pas eu l’effet escompté et les actions ont commencé à manquer d’oxygène lorsque les taux se sont mis à remonter. En dépit de la baisse des températures, nous sommes toujours en plein été et le marché manque donc cruellement de liquidité. Il faudra donc attendre début septembre pour voir si la tactique de Scott Bessent fonctionne.
La hausse des taux d’intérêt américains est principalement due à trois facteurs. Le premier – et sans aucun doute le plus important – est l’inquiétude des investisseurs au sujet de la viabilité à long terme de la dette publique américaine, qui atteint dans l’intervalle à nouveau 40.000 milliards de dollars. Le deuxième facteur est la hausse du prix du pétrole et les craintes inflationnistes qui en découlent. Le troisième élément, non négligeable lui aussi, réside dans le fait que les pouvoirs publics américains sont en concurrence avec les entreprises dans la ruée vers le capital, et tout particulièrement avec les "hyperscalers", qui ont besoin de ce capital pour construire leurs centres de données.
Comme nous l’avons déjà répété à maintes reprises, les taux d’intérêt jouent pour les marchés le rôle de la gravité. Quand ils augmentent, il devient plus difficile pour toutes sortes d’actifs de grimper. Avant-hier, lorsque les taux d’intérêt se sont détendus, nous avons donc vu assez logiquement les actions, le bitcoin et l’or amorcer une ascension tandis que l’USD accusait un recul. Cela dit, il faut tout de même reconnaître que jusqu’ici, les marchés des actions n’ont pas trop souffert de la hausse des taux d’intérêt, sans doute parce que les investisseurs s’attendent toujours à ce que les cours des valeurs technologiques parviennent à engranger des gains phénoménaux. Et quand on est convaincu que le Nasdaq va encore grimper de 20%, peu importe finalement qu’une obligation (dont le rendement rivalise avec celui des actions) rapporte 4 ou 5%. Une remontée des taux n’est jamais un problème… jusqu’à ce qu’elle le devienne. Á l’évidence, le niveau que les taux d’intérêt ont atteint cette semaine rend Scott Bessent nerveux, de sorte qu’il s’efforce à présent de peser dans la balance. Reste à voir s’il y parviendra. Force est toutefois de reconnaître que les taux d’intérêt figurent à présent en tête de la liste des préoccupations des investisseurs, et que la moindre remontée posera désormais sans doute davantage problème aux marchés des actions (et inversement).
L’écosystème de l’IA bénéficie toujours d’un solide soutien
Nous avons déjà évoqué cette semaine le montage imaginé par Nvidia pour offrir à l’écosystème de l’IA une nouvelle source de financement, qui devrait assurément venir en aide aux fournisseurs et sous-traitants de l’IA dans les trimestres et les années à venir. Mais nous avons vu cette semaine les choses bouger également en aval, du côté des entreprises qui devraient profiter des gains d’efficacité induits par l’IA. Moderna a ainsi annoncé avoir mis au point un vaccin contre le cancer de la peau.
Nous avions déjà évoqué à plusieurs reprises la possibilité que le secteur de la biotechnologie, et en particulier le volet de la génomique, soit à l’avenir l’un des grands gagnants de l’écosystème de l’IA, et nous en avons donc eu une belle confirmation ces derniers jours. On peut y voir la preuve qu’en dépit des déboires des taux d’intérêt, les marchés bénéficient toujours d’un solide soutien tant sur le plan technique (nombreuses tendances haussières) que d’un point de vue fondamental (forte croissance bénéficiaire). Les taureaux conservent donc le bénéfice du doute, et la charge de la preuve incombe aux ours. Finalement, la vraie question sera peut-être de savoir qui, de Scott Bessent ou des ours, danse le mieux…
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