Sommaire
- D’un scénario de croissance "premium" à un mouvement de rattrapage
- Quelques signes annonciateurs d’une potentielle remontée
- La croissance reprend progressivement, mais pas partout
- Un potentiel haussier sur fond de valorisations plus attrayantes
D’un scénario de croissance "premium" à un mouvement de rattrapage
Le secteur des articles de luxe traverse depuis 2024 l’une de ses périodes les plus difficiles. Après la propension à consommer exceptionnelle et le puissant "pricing power" de la période post-covid 2021-2023, le secteur est entré dans une phase de normalisation prolongée. La croissance organique a fortement ralenti en 2024 et est restée empreinte de faiblesse en 2025, avec même quelques trimestres négatifs.
Le sentiment des investisseurs s’est encore davantage détérioré début 2026 à cause de l’inquiétude croissante au sujet de la consommation chinoise, des effets négatifs des taux de change et de l’augmentation des coûts de production (notamment des métaux précieux). De plus, on craint de plus en plus que l’IA ne fasse disparaître de nombreux emplois bien rémunérés, ce qui affecterait le pouvoir d’achat. Le conflit au Moyen-Orient a par ailleurs entraîné la fermeture temporaire de commerces de la région du Golfe et l’on s’est mis à redouter que les prix élevés du pétrole et l’incertitude ne pèsent sur les dépenses relevant du tourisme international.
Tous ces éléments ont fait subir aux actions du secteur du luxe une correction substantielle : à la fin mai, elles affichaient un niveau d’environ 30% inférieur à celui du début de l’année, et les cours de quelques grands noms comme LVMH ou Hermès ont même diminué de moitié par rapport à leurs records des années précédentes.
Quelques signes annonciateurs d’une potentielle remontée
Bien que le timing de la réouverture définitive et complète du détroit d’Ormuz soit encore incertain, la menace militaire dans les Etats du Golfe – notamment aux Emirats arabes unis – est désormais moins pressante et le prix du pétrole a tout de même bien diminué par rapport aux sommets qu’il affichait de mars à mai. De ce fait, le tourisme international et le pouvoir d’achat sont tout de même moins touchés qu’on ne l’avait craint initialement. Cet aspect est important car le secteur du luxe est très sensible aux effets de la prospérité mondiale, aux flux de voyageurs et à la confiance des ménages aux revenus élevés.
Pour ce qui est de l’impact de l’IA, le sentiment semble évoluer vers la conviction que l’IA créera de la richesse au lieu de la détruire, du moins dans les 12 à 24 mois à venir et tout particulièrement aux Etats-Unis et dans divers pays d’Asie. Nous avons par exemple remarqué que la Corée, qui constitue environ 7% des ventes mondiales d’articles de luxe, profite d’un essor des semi-conducteurs qui stimule l’engouement pour les biens de luxe. De même, la création de capital grâce aux plus-values sur les actions ou aux bonus élevés versés dans le secteur technologique est susceptible d’avoir un effet positif sur les ventes d’articles de luxe.
L’arrivée de nouveaux designers, les innovations de produits et les efforts de marketing pourraient en outre imprimer un nouvel élan aux marques de quelques groupes qui ont récemment connu des moments difficiles, comme LVMH et Kering. La visibilité reste limitée, mais le plancher de la croissance organique semble de plus en plus appartenir au passé.
Les revers essuyés par les marges bénéficiaires semblent également s’estomper : les prix des métaux précieux et les taux de change ont fait l’objet d’une légère correction, tandis que l’accord commercial conclu entre les Etats-Unis et l’Europe atténue les risques induits par les droits de douane.
Moyennant un rétablissement des volumes et une discipline rigoureuse sur le plan des coûts, les bénéfices du secteur parviendront à renouer avec une dynamique positive. Les valorisations ont déjà considérablement diminué, ce qui fait naître un potentiel haussier à condition que les perspectives bénéficiaires cessent de diminuer.
La croissance reprend progressivement, mais pas partout
Après une croissance pour ainsi dire inexistante en 2025, le secteur a renoué dès le premier trimestre de 2026 avec une croissance organique de 4%. Malgré l’impact négatif du conflit en Iran et des prix élevés du pétrole, nous tablons pour le deuxième trimestre sur une croissance comparable. Pour le second semestre et les années à venir, nous nous attendons à voir la croissance s’accélérer encore en direction de sa moyenne à long terme de 6 à 7% par an.
Cela dit, cette croissance n’est pas uniforme. Les grands noms comme Hermès et Richemont parviennent à signer une croissance plus marquée grâce à l’engouement pour leurs marques, à leur "pricing power" et à leur exposition à des catégories de produits connaissant une croissance relativement plus rapide comme les bijoux et les articles de maroquinerie. L’action Hermès a cependant souffert d’un ralentissement temporaire de la croissance à un moment où sa valorisation exigeante ne permettait aucune déception. Richemont a profité de l’engouement pour les bijoux de Cartier et de Van Cleef & Arpels, même si la hausse des prix de l’or, les taux de change et les taxes douanières américaines ont pesé sur les marges.
LVMH et Kering ont subi davantage de pressions ces dernières années. LVMH reste le leader du secteur, mais le marché se demande de plus en plus souvent si l’échelle de Louis Vuitton ne serait pas devenue un désavantage dès lors qu’elle réduit l’exclusivité et limite la croissance incrémentale. D’autres marques de LVMH, comme Dior, Celine et Fendi ont connu des transitions au niveau des produits, de la direction ou des designers. Kering reste le groupe le plus à la traîne, Gucci étant toujours en pleine restructuration et en proie à une contraction organique. Des données récentes reflétant le sentiment laissent toutefois présager une amélioration de la dynamique de la marque grâce aux nouvelles collections.
Un potentiel haussier sur fond de valorisations plus attrayantes
Le secteur du luxe semble aujourd’hui plus attrayant qu’à l’époque où les attentes et les valorisations étaient encore élevées. La combinaison des corrections abruptes des cours, des prévisions de bénéfices moins exigeantes, des valorisations inférieures et des premiers signes d’un retour de la croissance organique crée un potentiel haussier. De plus, le secteur n’a rien perdu de son attrait structurel : les marques dominantes sont très prisées et peuvent se targuer d’un excellent "pricing power" à l’échelle mondiale, de marges élevées, d’une abondante génération de cash flows et d’une exposition à la création de prospérité aux Etats-Unis, en Asie et dans les pays émergents.
Chiffres clés du 13/7/2026
|
| Index |
Clôture |
+/- |
Depuis début 2026 |
| Belgique: Bel-20 |
5604,45 |
0,19% |
10,36% |
| Europe: Stoxx Europe 600 |
641,01 |
-0,01% |
8,24% |
| USA: S&P 500 |
7515,34 |
-0,79% |
9,79% |
| Japon: Nikkei |
67242,73 |
-1,92% |
33,58% |
| Chine: Shangai Composite |
3913,79 |
-2,06% |
-1,39% |
| Hongkong: Hang Seng |
24213,72 |
0,16% |
-5,53% |
| Euro/dollar |
1,14 |
-0,16% |
-2,89% |
| Brent pétrole |
83,28 |
9,58% |
35,75% |
| Or |
4070,95 |
-0,76% |
-5,50% |
| Taux belge à 10 ans |
3,62 |
|
|
| Taux allemand à 10 ans |
3,12 |
|
|
| Taux américain à 10 ans |
4,61 |
|
|